L’urgence a un rapport avec le corps, sa souffrance, sa vie, en question. La consultation de Google ramène en premier l’adresse d’un….café parisien. La soif est, en effet, ressentie de manière particulièrement désagréable, dont l’apaisement se présente comme une urgence.

Descartes, m’a signalé Pierre Gautier, s’est penché sur l’urgence comme  situation, et  a relevé l’impropriété du débat ordinaire, à son propos.

Quant au dictionnaire historique de la langue française, il n’ajoute aucune précision déterminante. L’origine du mot s’apparenterait au travail, le work anglais, le werk  allemand. Mais son sens s’est spécialisé comme pressé, ne pouvant attendre.

L’urgence est donc maintenant associée à tout événement pouvant affecter l’intégrité ou la vie d’humains : les accidents de toutes sortes, les incendies, les catastrophes naturelles, les épidémies de maladies contagieuses, les faits de terrorisme et de guerre.

Elle n’est plus improvisée, mais fait l’objet d’un savoir particulier, de mise en sécurité, de premiers soins, de réanimation. D’une organisation permanente, dédiée à la situation, immédiatement disponible. La formation des personnels, leur équipement sont prioritairement enrichis en fonction de l’apparition de solutions nouvelles , ou de situations faisant apparaître un besoin imprévu, dont l’insatisfaction doit rester unique.

 La professionnalisation, la spécialisation, l’autonomie de décision, l’obsession de la prévention, constituent les particularités modernes de l’urgence, dans nos sociétés perfectionnistes.

 

Yves Leclercq