La zoologie est la science qui étudie et définit les animaux. Dans les limites de ce court article, nous voudrions centrer notre propos sur une partie de son objet : la conception moderne des animaux et de l’animalité, avec les conséquences sociales et morales qui en découlent.

 

L’animal selon la science *.

 

La conception populaire fait des animaux des êtres vivants « animés », ce qui correspond bien  aux relations que l’homme peut entretenir avec les animaux qu’il rencontre dans son environnement.  L’observation scientifique avait permis d’étendre cette conception à d’autres êtres vivants, ne comportant qu’une seule cellule. Ces êtres « unicellulaires », appelés « protozoaires », sont considérés comme à l’origine de l’évolution des animaux pluricellulaires, appelés « métazoaires », et ils ont donc été longtemps classés parmi les animaux. Mais cette classification tend à changer. Les scientifiques se sont aperçus que les animaux unicellulaires étaient très proches des plantes unicellulaires, avec lesquelles ils devaient former un groupe homogène. De nos jours, selon certains zoologistes, les animaux doivent être principalement compris comme les métazoaires pluricellulaires, ce qui rejoint finalement la conception populaire.

 

L’une des caractéristiques de la plupart des animaux (à quelques exceptions près comme les éponges), c’est de posséder une sensibilité nerveuse, qui leur permet d’éviter les éléments de leur environnement qui menacent leur intégrité physique. Lorsque cette sensibilité est liée à des émotions, on parle alors de « douleur » ; lorsqu’elle est liée à une conscience, on parle  de « souffrance ». Dans l’état actuel des connaissances, au moins deux groupes d’animaux sont capables de douleur et de souffrance : les vertébrés et les invertébrés que sont les mollusques céphalopodes, comme la pieuvre. Le doute persiste pour d’autres animaux invertébrés. Enfin certains animaux évolués, comme, ici encore,  les vertébrés et les mollusques céphalopodes, possèdent des capacités d’intelligence remarquables, que la science du comportement animal, l’« éthologie », a récemment mises en évidence. D’où l’existence d’une proximité intellectuelle de ces animaux avec l’espèce humaine **.

 

Des conséquences sociales et morales

 

Anatomie pluricellulaire, sensibilité à la douleur, intelligence remarquable… : la science moderne montre qu’il n’existe pas de coupure franche entre l’homme et les (autres) animaux. La théorie de l’évolution confirme d’ailleurs que les animaux sont les ancêtres et les cousins des êtres humains. L’homme est un proche parent des chimpanzés, avec qui il partage  98 % de ses gènes et beaucoup de ses comportements. Certes l’homme possède un puissant cerveau qui lui donne des aptitudes particulières, intellectuelles et langagières, notamment celle d’élaborer des morales discursives. Mais alors, dans le cadre même de ce souci moral, les parentés zoologiques ci-dessus amènent à des questions sociales et morales concernant la place que l’homme doit attribuer à ses cousins animaux et la manière dont il doit les traiter***.

 

Cette question du respect de l’animal s’avère d’une extrême actualité. Elle recouvre à la fois des préoccupations, dites « écologiques »,  visant à la préservation des populations animales et des espèces, et des préoccupations visant à respecter l’animal individuel en tant qu’être sensible. De nombreuses controverses existent entre ceux qui pensent que l’homme doit avoir sur l’animal tous les droits, ceux qui pensent qu’on doit protéger les animaux contre la douleur, mais sans pour autant supprimer leur utilisation  par l’homme, et enfin ceux qui refusent toute exploitation de l’animal. Ces derniers ne consomment pas de médicaments et sont, sur le plan alimentaire, végétariens, voire souvent « végétaliens » (c’est-à-dire qu’ils excluent de leur régime tout produit d’origine animale, y compris les oeufs, les produits laitiers et le miel).  D’innombrables variantes existent entre ces trois positions de fond****, qui s’affrontent sur les manières de considérer ou de réformer le traitement des animaux de compagnie, les jeux cruels comme la chasse d’agrément ou la corrida, l’élevage d’animaux pour la viande et la fourrure et leur abattage, ou l’expérimentation bio-médicale sur des animaux vivants. Face aux nombreuses controverses, la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal, dans sa version révisée de 1989, cherche à donner une réponse acceptable par la majorité de ceux qui se soucient de la sensibilité animale, même si, de ce fait même, certains la trouvent trop timide, d’autres trop ambitieuse.

 

 

Georges Chapouthier

Biologiste et philosophe

Directeur de Recherches Emérite au CNRS

 

Références bibliographiques :

* Chapouthier G, Qu’est-ce que l’animal ?, Collection “Les petites pommes du savoir”, Editions le Pommier, Paris, 2004

** Chapouthier G et Tristani-Potteaux F, Le chercheur et la souris, CNRS Editions, Paris, 2013

*** Goffy JY, Qu'est-ce que l'animalité?, Editions Vrin, Paris, 2004

**** Jeangène Vilmer JB,  Ethique animale. Presses Universitaires de France: Paris, 2008