La naissance ressemble à une entrée en scène, chaque être peut en perspective bouleverser l'ordre établi mais dès le départ, le nouveau né est marqué du sceau des ses origines: son pays, sa famille, son corps, son esprit. Ces limites ne sont pas infranchissables, elles n’existent que pour qui s’y enferme. Rien n'empêchera un être marqué par sa souche, d’irradier par son esprit bien au-delà des frontières natives. Le ferment essentiel de cette métamorphose est le plus souvent la rencontre, une forme de complémentarité, comme une attente exaucée. Les moyens modernes de la communication ont fait éclater toutes les limites physiques (avions, téléphone, Internet..), idéologiques (écriture, journaux, cinéma, TV ...) ou créatrices (expositions, réseaux sociaux, marchés...).

La rencontre semble le ferment de l’accomplissement de chacun. Que d’œuvres sont nées du jaillissement que l'amour engendre. Mais l'amour n'est pas la source essentielle, il n'est qu'un des acteurs. Il a des partenaires: la haine, l'envie, la violence ; il a des ennemis: le temps, le mensonge, l'orgueil (que de chefs-d'œuvre sont nés de la frustration !). Il y a surtout les muses: l’esprit, la beauté, la jeunesse...Pour la rencontre, il faut accepter que ce que l'on nomme le « hasard des rencontres » n’a de limite que notre énergie. Il n'y a pas de “hasard” dans la rencontre. Il y a ce que l'on est, le lieu où l'on vit, l'attente qui sommeille en chacun mais il y a surtout l'énergie, le mouvement, en un mot: la liberté. Internet et les millions de connections engendrées par les technologies modernes permettent de connaitre en temps réel les nouvelles du monde, de la famille, des amis et de ceux dont les valeurs coïncident avec celles que l’on recherche, de se connecter à différents réseaux et de faire des rencontres inimaginables en d’autres temps.

En se retournant sur sa propre vie, chacun peut retrouver deux ou trois charnières essentielles qui ont orienté son destin. Pas toujours une personne, parfois un livre, ou une fonction inattendue ouvrant sur des perspectives.  Les potentialités de rencontre sont quasi infinies pour qui le souhaite. L’inconnue reste toujours la suite de l’histoire. Est-ce un destin ?

A ceux qui ne croient pas au destin, à la voie tracée qu'il faut reconnaître, aux rencontres, je dirai simplement : dommage ! L'histoire qui n'est en fait qu'une lecture rétrograde de la vie qui s'écoule, fourmille d'illustrations troublantes. Si la liberté est une pièce maîtresse pour orienter les choix et faire d'une vie un destin, elle n'a pas tous les pouvoirs. Il y a des éléments qui sont propres à chacun, qui font le tissu de chaque être et qui en fin de compte ne donnent pas au Prince les mêmes chances qu'au malheureux des bidonvilles. Entre ces deux, toutes les nuances de la vie humaine. Je n'aime pas le mot "chance", il a une connotation passive. A la limite, compte tenu de notre organisation sociale, la naissance en est la première manifestation. Ici ou là, riche ou pauvre, beau ou laid, orphelin ou attendu, que de trajectoires diffèrent dès la première apparition. On ne rencontre pas toujours ce que l’on attend, mais il faut bouger pour le savoir.

 

Freddy Chiche