Répression: formé à partir de réprimer, c’est d’abord une conduite individuelle, réfléchie, à base morale, cherchant à modérer, ou à annuler, les manifestations émotionnelles coupables (désir, haine, violence). Ce sens est tombé en désuétude, remplacé maintenant dans cette acception, par refouler (consciemment) ou maitriser. Le sens principal est devenu l’action de s’opposer aux actions considérées comme contraires à l’ordre public, à la paix de la société.

 J’ai été tenté de séparer la répression des manquements à la Loi, dont il existe une rédaction ou un dit, dans toute société, de la répression des oppositions au pouvoir en place, qu’il bénéficie de la légitimité démocratique, ou non. Mais le mélange des définitions, des actes délictueux, ou des formes de l’opposition politique, est pratiqué de part et d’autre.

 L’homme est un animal grégaire*. La famille, organisation imposée par la durée particulière de la maturation du jeune humain, a dû constituer la première forme de société. Elle devait être plus large que la famille nucléaire de nos sociétés modernes**. Le modèle africain est sous nos yeux. L’existence de familles élargies, concentrées dans un village, dans une seule maison, est encore proche.

 Les étapes qui nous ont amenés à notre organisation sociale actuelle paraissent universelles. La dimension du groupe*** se reconnaissant comme tel, est une variable unique. À toutes les échelles de l’organisation sociale, les actions ou les attitudes inacceptables, ou affaiblissant la cohésion du groupe, déclenchent une répression visant à rétablir son équilibre. Que de part ou d’autre une bonne raison soit invoquée ne change rien à l’affaire. Par contre l’échec de la répression provoque soit la scission du groupe, soit la modification des lois qui régissent son ordre.

Les sociétés de grande dimension du monde d’aujourd’hui, sont forcément instables et hétérogènes. La division de la société et l’individualisme font partie de leur évolution inéluctable. L’individu, ou un groupe réduit, décident de leur participation ou non à l’ordre collectif,  soit dans le registre de la Loi, soit dans celui de la Politique. Mais l’expression du désaccord n’est pas nécessairement conflictuelle.

La dislocation de l’ensemble formé n’est  que rarement le vrai but des atteintes à son ordre. Groupes et individus visent plutôt son recentrage sur eux-mêmes, une conformité à leur vœu, ou la tolérance de leur singularité. La répression est inscrite et codifiée dans les institutions. Les sociétés démocratiques énumèrent dans leurs institutions les situations qui les menaceraient, et le degré de répression, proportionnel à la menace, que la société s’engage à pratiquer, pour accomplir le mandat qu’elle a reçu explicitement. Ce n’est qu’à partir d’un certain niveau de répression nécessaire, qu’elle concerne la société dans son ensemble, qu’elle remet en question sa cohésion, son mode de se penser elle-même.

 

Yves Leclercq, Psychanalyste

 

*Par opposition à « social », définissant un fonctionnement collectif déterminé, propre à une espèce. L’homme adhère mentalement aux demandes de la société, ou les rejette.

**Les familles monoparentales, ou homoparentales qu’admettent les sociétés modernes, caractérisent leur modernité. Elles ne faisaient pas partie de la forme originaire.

***L’étude expérimentale de groupes formés au hasard, d’individus sans lien préalable, sans projet, à charge pour eux d’en définir un, montre une instabilité et des clivages à partir de cinq participants.( Psychanalyse appliquée aux groupes)