09 juin 2009
M comme Maladie psychiatrique (et autisme infantile)
Leibniz soutenait que s’il était possible d’agrandir un cerveau à la taille d’un moulin et qu’un homme y pénétrât, l’observation des rouages ne lui apprendrait rien sur son fonctionnement intime (conscience, désir, etc…)*.
Le discours moderne des neurosciences semble oublier cette assertion. L'imagerie médicale actuelle entretient l'illusion que nous pénétrons dans le moulin et qu'ainsi tout s'éclaire, comme si la vision superficielle d'un fonctionnement nous permettait de comprendre l'intimité de ce fonctionnement . On croit prouver l'organicité (les rouages du moulin) d'une affection psychiatrique parce que telle ou telle zone cérébrale « s'allume ou ne s'allume pas » sur les images radiologiques.
On entend, donc aujourd'hui, Valérie Létard , Secrétaire d'Etat chargée de la Solidarité, affirmer tranquillement « que l’autisme infantile n’est pas une maladie psychiatrique, mais un trouble d’origine neurobiologique » (discours 28 Mai 2009**).
Toutefois :
1/ Observer que des désordres psychiques sont accompagnés de modifications cérébrales n’autorise nullement à réduire les premiers aux secondes.
2/ Et même s'il était établi que l’autisme infantile est un « trouble d’origine neurobiologique », on ne voit pas au nom de quoi il faudrait nier qu’il est aussi une maladie psychiatrique.
Des déductions aussi désinvoltes sont même étonnantes de la part de gens qui prétendent parler au nom de la science. On peut regretter que les avancées importantes des neurosciences soient exploitées à des fins partisanes.
Aux tenants des neurosciences qui pensent découvrir la vérité du fonctionnement neuronal (gènes, neurotransmetteurs, imagerie), il convient de citer Hugo (sans même solliciter Heidegger) :
« O science! Absolu qui proscrit l'inouï!
L'exact pris pour le vrai! la plus grande méprise »***
.
Pierre Grégoire (psychiatre)
.
* « Et feignant qu’il y ait une Machine, dont la structure fasse penser, sentir, avoir des perceptions ; on pourra la concevoir agrandie en conservant les mêmes proportions, en sorte qu’on y puisse entrer, comme dans un moulin. Et cela posé, on ne trouvera en la visitant au dedans, que des pièces, qui poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception. » (Leibniz, Monadologie, 17)
** « C’est pourquoi nous avons fait de l’autisme un axe prioritaire de la formation des professionnels de santé. Ils ont reçu une plaquette leur rappelant les recommandations de la HAS en matière de diagnostic et insistant sur la nécessité de recourir à la classification de l’OMS, qui dit bien que l’autisme n’est pas une maladie psychiatrique, mais un trouble d’origine neurobiologique » (V.Létard Bilan d’étape du plan autisme 2008-2010 : http://www.legislation-psy.com/spip.php?article2181)
Précision: il faut savoir que, contrairement à ce que dit Valérie Létard, la classification internationale des maladies classe toujours l'autisme infantile dans les maladies mentales et troubles du comportement et inclut la psychose infantile dans l'autisme infantile.
*** Hugo Toute la Lyre LXVII Le calcul, c’est l’abîme.
Commentaires
confirmation
Je tiens à vous remercier de ce billet qui vient confirmer et enrichir des discussions que cet abécédaire a souvent abritées, sur l'étiologie de la dépression par exemple ou sur la génétique et son exploitation politique. Le réductionnisme actuel (qui vient des deux côtés bien entendu, en ignorant la complexité dont E. Morin a parlé) tend également à confondre la cause et son effet. Des études par exemple ont montré que des graves carences affectives peuvent provoquer des lésions cérébrales chez le jeune enfant, pour lesquels les tenants du "tout biologique" diront bien entendu plus tard qu'elles ont provoqué le trouble (quel qu'il soit) en question. Quand on parle de la poule et de l'oeuf...
Bettelheim
Est-il possible de comprendre les discussions actuelles sur l'autisme et leur virulence sans tenir compte de l'épisode Bettelheim?). Il est certes ancien (1967) mais n'a-t-il pas marqué en profondeur et donc durablement les esprits?
HP
"Tout au long de ce livre (La Forteresse Vide), je soutiens que le facteur qui précipite l'enfant dans l'autisme infantile est le désir de ses parents qu'il n'existe pas." (Bruno Bettelheim)
L'ornière "Bettelheim"
Toute la psychiatrie (mondiale) est tombée dedans et une partie de la française y est immobilisée.
Bettelheim a pris les effets du déficit de communication sur le lien interactif mère-enfant pour la cause de la "maladie", et a postulé l'entière responsabilité de la mère.
Si la plupart des maladies mentales sont celles de l'homme parlant, inséré dans le réseau familial,social, religieux, culturel, avec lequel il est branché avant même sa naissance, il participe à ces interactions avec son cerveau, dont un dysfonctionnement peut être subi (émotions, traumatismes, pressions diverses, événements de vie) ou inné (prédispositions génétiques fragilisantes).
Si la pathogénie organiciste exclusive est évidemment réductionniste, la psychogénétique exclusive ne l'est pas moins.
Ce sont les résultats obtenus par les approches en compétition qui doivent nous éclairer.
ornière Bettelheim (re)
Est-il vrai qu'"une partie de la psychiatrie française y soit encore immobilisée"? Peut-on le croire et comment le comprendre?
déjà Platon...
Platon dénonçait déjà la tendance à confondre condition et cause, dans une page très célèbre du "Phédon".
Socrate: C'est comme si on disait "que, si je suis assis en cet endroit (il est en prison), c’est parce que mon corps est composé d’os et de muscles, que les os sont durs et ont des joints qui les séparent, et que les muscles, qui ont la propriété de se tendre et de se détendre, enveloppent les os avec les chairs et la peau qui les renferme, que, les os oscillant dans leurs jointures, les muscles, en se relâchant et se tendant, me rendent capable de plier mes membres en ce moment et que c’est la cause pour laquelle je suis assis ici les jambes pliées (...)Mais appeler causes de pareilles choses, c’est par trop extravagant (...)C’est montrer qu’on est incapable de discerner qu’autre chose est la cause véritable, autre chose ce sans quoi la cause ne saurait être cause." (Platon "Phédon" 98d-99b)
Un deux trois, esprit de synthèse
Dans ce sujet dont je salue la naissance et où je viens participer avec joyeuseté, nous-nous retrouvons dans un débat vieux comme le monde... des humains ayant une faculté de penser et de parler.
Celui qui se nourrit d'une mise en polarité binaire de la manière de considérer les choses. (gauche-droite, anciens-modernes, héréditaire-acquis, matière-esprit, science-religion...)
Tout le long de mes études de médecine, j'ai très souvent entendu mes enseignants indiquer que deux ou plusieurs explications opposées soutenaient chacune une thèse différente. Et j'ai observé que chaque thèse et hypothèse se développait (souvent en argumentations les unes contre les autres) puis qu'une synthèse venait plus tard indiquant qu'en fait deux ou plusieurs facteurs intervenaient.
Au point que j'ai pris l'habitude de marcher avec fermeté sur chacun de mes deux pieds lorsque je m'aventure vers de nouveaux horizons d'appréciation du monde et de cherche de manière systématique (et systémique) où se trouve la synthèse de ces deux ou plusieurs modalités d'envisager, afin d'intégrer un autre palier de compréhension.
Considérer, comprendre, intégrer et apprendre à gérer la complexité en tenant compte de suffisamment de facteurs est à mes yeux l'urgence + du moment à ne pas différer.
..................................................
Pour ma part de contribution au collectif, je pense que c'est sagesse que d'avancer sur ses deux pieds, écouter avec ses deux oreilles, regarder avec ses deux yeux, accoler la fonctionnalité de ses deux pôles cérébraux.
Et, pour alimenter l'échange, je reviendrai sur une "problématique" similaire à celle-ci, qui est nourrie sur un autre sujet où j'exprime que dans ce texte ancien qu'est le chapitre de Genèse, une lecture autre que proprement théologique est possible.
Je soutiens qu'en fait y est décrit un processus de maturation de l'intellect, de la compréhension intelligente du monde où vivre.
Et que, s'il est possible de l'habiller, de l'enrober d'une mythologie en attribuant cette Genèse du monde à une divinité, ce n'est pas une obligation de le faire.
Il est ainsi plus clair de comprendre que le soi-disant interdit (de type dictatorial) de se nourrir de l'Arbre de la Connaissance (connaissance souvent confondue sans discernement avec la science moderne) est en fait un avertissement sur les causes à effet d'un type de comportement.
Une lecture adulte, non infantilisée donc, de cet avertissement, de cette mise en alerte dans une dynamique, indique qu'il est recommandable et recommandé par l'intelligence en mouvement d'exploration du monde, de ne pas alimenter son système d'appréciation et ses modes de comportement avec les fruits d'un seul côté de l'arbre de la connaissance de la totalité.
Une telle lecture libère de pas mal de poncifs qui ont encore court dans nos sociétés modernes, et ce, pas seulement du côté de fanatiques ni d'esprits pétris de religiosité.
Par Éric Delmas-Marsalet, médecin en retraite.
lettre ouverte de Pierre Delion
Voici les dernières lignes de "La Lettre ouverte (du professeur Pierre Delion) aux parents d'enfants, d'adolescents et d'adultes autistes, à leurs professionnels éducateurs, pédagogues et soignants":
"Je demande enfin à tous les citoyens de ce pays de ne pas oublier que nous sommes des corps et des esprits humains, dont les deux aspects sont inséparables. Une maladie, même d’origine génétique ou neurologique, connaît toujours des développements qui englobent le psychisme du malade, et contribuer à une meilleure santé nécessite d’associer des approches physiques et psychiques pour y parvenir. Les soins psychiques proposés par les équipes de psychiatrie de secteur aujourd’hui ont pour objectif d’aider à cette démarche dans un climat pacifié. Toute polémique haineuse ne peut qu’en minimiser les effets bénéfiques attendus." (http://www.balat.fr/spip.php?article601)
à P.G.
Ma critique de Bettelheim et de ses fidèles porte sur la confusion des effets et des causes, les premiers prenant la place des secondes, qui se résumeraient au désir mortifère des parents (de la mère, en fait). Tandis que conditions et causes ne sont effectivement pas éloignées.
Ce dogmatisme repose sur l'idée insistante selon laquelle la psychanalyse constituerait un savoir achevé. Elle a freiné le développement d'approches différentes primant la rééducation sur la recherche d'une problématique psychotique.
Simple témoigage d'un père
Nous avons remarqué les caractéristiques particulières de notre fille aînée alors qu’elle n’avait pas encore un an.
C’était discret, mais cela provoquait déjà des réflexions du type « Elle est sacrément indépendante » voire « Quel caractère ! »
Rien d’inquiétant pour l’entourage familial ou amical, mais nous, ses parents savions déjà une chose, ce ptit bout d’être humain ne s’intéressait pas naturellement à « l’autre ».
Il nous fallait une grande sollicitude pour la « ramener » parmi nous.
Le terme est exact, et la sollicitation de son rire fut pour moi d’une grande importance, comme ça, instinctivement.
A cette époque, notre fille n’était confrontée ni à l’institution médicale, ni à l’institution scolaire.
Nous avons entrepris des consultations de « spécialistes » au moment ou elle est entrée à l’école maternelle.
Les problèmes se sont alors accumulés, notre fille posait des problèmes à l’école et sa mère semblait en poser à « l’institution Freudienne ».
Rapidement la situation fut celle-ci :
L’école voulait éjecter notre fille et les « psys » tenaient » absolument à intégrer sa mère à leur raisonnement d’école dont ils avait manifestement déjà exclu le père.
Tout cela était vécu dans une province Française ou nous venions de débarquer ce qui accentuait notre isolement.
Bien que j’aie lu avec passion « Libres enfants de Summerhill » dans ma jeunesse, je rejetais fondamentalement les méthodes de soins destructives qui furent alors imposées au couple « mère fille » ; méthodes qui faillirent d’ailleurs détruire le couple parental au passage.
En bref, nous étions très mal barrés, et je ne sais pas ce qu’il serait advenu si Internet et Handiscol n’étaient pas nés à la même époque.
Handiscol nous a indiqué les moyens d’intégration scolaire de notre fille (elle y est toujours avec bonheur dix ans plus tard) et internet nous a permis de découvrir une approche médicale différente et l’existence des CRA (Centre ressource autisme).
Nous demandions un bilan physique global depuis un an et nous en avons enfin obtenu l’ordonnance durant cette période.
Bilan des courses : mutation génétique X fragile qui provoque (entre autre) des syndromes autistiques dans 1 cas sur dix.
A la lumière de cette information nous avons complètement réorientés les soins extérieurs.
Dans le dernier bilan fait par le CRA, les troubles autistiques ont complètement disparu, restent les symptômes handicapants de cette mutation, mais notre fille a une vie sociale, et elle aime toujours beaucoup rire.
Je précise que cette mutation a été identifiée en 1985, dix ans plus tard, des services de soins spécialisés dans la petite enfance n’en avait toujours pas entendu parler.
Pour ma part, je ne prends pas partie entre « Freudiens » et « Scientistes », nous avons pu assister à leur guerre, et nous y avons échappé car le seul parti à prendre est celui de notre fille, qui est un cas particulier comme tous les autres cas.
Remerciements...
Pour ce témoignage qui résume sans rancoeur le conflit entre un "establishment" dont l'autorité intellectuelle n'était pas discutée, et, non pas des scientistes, mais des praticiens refusant, tant la condamnation sans preuve des mères, que l'échec de la prise en charge des enfants.
Vous avez également raison de rappeler l'exclusion systématique des pères par certaines écoles psychanalytiques (ce qui n'empêchait pas de les charger).
De rien c'est presque gratuit
à Y.L.
Le terme "scientiste" pour équilibrer la péjoration du terme "Freudien".
Et puis les "Freudiens " ont au moins la prétention sympathique de pouvoir changer les choses.
Alors que la science peut apparaître définitive dans ses analyses mathématiques des gènes.
Dix ou vingt ans plus tard, et ma fille ne serait pas née.
"Anomalie dans l'oeuf" -> destruction anodine.
Question d'éthique?
Méthodes
La méthode scientifique suit la séquence savoir-prévoir-pouvoir et tente d'écarter la subjectivité de l'observateur. Ses résultats doivent être vérifiables et reproductibles, et donc réfutables, si ces conditions sont défaillantes.
La psychanalyse, possédant à son origine la même ambition, a du créer sa propre méthode pour permettre la mise en route d'un processus psychanalytique qui évite la suggestion et la manipulation. Ce sont donc les positions de non-savoir (sur le cas particulier du patient), de non-prévoir (le contenu des séances), de non-pouvoir (sur les décisions du patient). Par contre, la subjectivité ne peut être mise entre parenthèses, en raison de son implication dans le transfert (effet vérifiable et reproductible du dispositif de la cure) et le contre-transfert, dont la maîtrise revient à l'analyste.
Le champ propre de la psychanalyse est donc la pathologie qui est en rapport avec le niveau d'organisation spécifique de la parole et du lien particulier qui relie tous les hommes grâce à cette fonction. Les limites sont incertaines, puisque le niveau de la parole a des effets rétrogrades sur les niveaux corporels* (pathologies "psycho-somatiques"). Mais comment fixer les limites de ces dernières? La psychanalyse ne le peut pas. Seule la science en est capable en affinant la pathogénie, en mettant en cause des anomalies infimes de la construction ou du fonctionnement corporels**.
Il fut donc une période où la psychanalyse occupa les champs délaissés ou insuffisamment explorés par la science, faute des moyens adéquats. Non seulement elle théorisa un champ psychogénétique très vaste, mais elle élabora des méthodes thérapeutiques à partir de ses théories.
Le retour de la science médicale dans ce champ, le reconquérant progressivement, n'a pas été sans générer un conflit, toujours actuel, au moins en France, dont on ne peut nier l'inclination conservatrice.
*Je me réfère à la description des niveaux d'organisation du vivant d'Henri ATLAN, injustement méconnus.
** Les résultats de la science servent parfois à tenter de disqualifier la psychanalyse dans le champ qui reste le sien. J'ai entendu un éminent Professeur de Psychiatrie, organiciste, déclarer que l'atrophie cérébrale des anorexiques (il faut bien aller chercher des lipides quelque part) démentait l'origine psychologique de cette affection.
entre cause et effet la limite est poreuse
Pour essayer de tirer quelque conclusions de mon expérience de père (en toute subjectivité bien sur), mais avec aujourd’hui un peu de recul :
L’équipe médicale qui a pris en charge notre fille au départ, la définissait comme psychotique, le terme même d’autisme, que nous avions pu évoquer semblait les hérisser.
La demande de bilan physique général que nous formulions était reçue avec un sourire condescendant.
Pour se rendre au centre de soins notre fille était prise en charge par un taxi, puis par un personnel nombreux, séances individuelles, ou travail de groupe avec deux éduc spés pour 5 enfants. Le coût de tout cela était inversement proportionnel à l’efficacité des « soins ».
Nous avons très nettement perçu que les enfants pris en charge en ces lieux étaient en fait « des pompes à fric ».
Nous avons eu à souffrir d’une forte pression culpabilisante de cette institution à laquelle venait s’ajouter celle de l’institution scolaire.
Ah l’expression « Vous mettez votre enfant en souffrance ! » tellement employée , tellement facile face à des parents déjà en désarrois.
Je dois cependant dire que dans cette période, notre fille a pu bénéficier de la rencontre avec quelques rares personnes non formatées qui l’on maintenu dans un contact humain. L’importance de l’individualité est remarquable, indépendamment de la méthode.
La capacité d’amour ! La science ou la psychanalyse savent elle la mesurer ? Notre fille est très douée pour cela.
J’en viens donc à ce que nous a apporté l’approche scientifique que nous sommes allé chercher en d’autres lieux.
La confirmation d’une mutation génétique a instantanément clarifié notre horizon de parents.
Il y avait bien sur ce terrible côté définitif de ce que l’on nomme un handicap, mais nous sortions enfin de ce cercle infernal de remise en cause dans notre rôle parental.
Ma compagne s’était quand même entendu des injonctions telles que :
« Réalisez comment vous intoxiquez votre fille ! »
Je signale aussi que durant cette période , un garçon est né qui aurait très bien pu porter cette mutation avec des conséquences encore plus dures pour lui.
A ce niveau, le refus obstiné de l’approche scientifique qui fut opposé à notre demande par l’équipe médicale peut être considéré comme une faute grave. Je suppose que ce cas de figure n’existe plus aujourd’hui mais je le suppose seulement. Nous avons réussi à quitter cette région.
Pour terminer, je précise que notre fille est scolarisée en UPI, qu’elle bénéficie de soins en psychomotricité, et orthophonie, dans le cadre d’un sessad.
Le suivi psychiatrique est limité à une séance par quinzaine chez un pédopsychiatre dans le cadre libéral, avec un bilan global bisanuel fait par le CRA régional.
Elle a appris à parler, puis à lire puis à écrire, pour compter ce sera sans doute une autre histoire.
En me souvenant de l’état dans lequel elle était vers quatre ans, au bout d’un an de « soins » spécialisés, prostrée et agitant frénétiquement un bout de branche ou tout autre objet entre ses doigts je sais qu’elle aurait pu devenir une forteresse vide.
Précision calendaire :
Le bilan global n'est pas bi-annuel, mais a lieu une fois tout les deux ans.
Objectif et objectivité scientifique...
... Et non "scientiste"; là, nous somme tous au diapason, je crois: Les quelque chose-ismes sont toujours emprunts au moins potentiellement, d'un soupçon de parti pris exclusivité et d'esprit des chapelles.
Nos concitoyens qui s'en réclament s'appuient souvent sur une interprétation plus ou moins close d'un travail pionner de décryptage du réel qu'il est possible d'intercepter à un moment donné.
Et l'ami Paul qui trace, nous parlant de son expérience vécue en plein, dans la circonstance d'une paternité d'autiste à assurer, aurait pu à ce sujet parler de "Freudistes", les "freudiens" étant alors considérées en tant que des personnes se réclamant des freudismes et basant leur pratique sur l'un de ces freudismes. Ceci dit, Paul, j'ai parfaitement entendu ce dont tu parles !!
Je précise tout de suite que le terme "freudiens" peut aussi désigner une tout autre catégorie de praticiens dont Y.L. à l'évidence : Ceux qui appuient leur pratique d'accompagnement sur une démarche ouverte par Sigmund Freud, sans la figer dans une dogmatique, dans justement un quelconque "freudisme".
Pour autant, trêve de -ismes, l'heure est aux réconciliations, ou, mieux exprimé : Aux conciliations, aux unions des apparents contraires et, comme j'y insiste sur plusieurs thèmes de ce blog, à la prise en considération et compte des deux côtés d'une vérité une.
Il est temps de se rendre compte, par exemple que le "triomphe" ne sera, à l'exclusive, ni celui du seul socialisme, ni celui du seul capitalisme et/ou du libéralisme, ni celui de l'obscurantisme ni celui du scientisme, ni celui des "occidentalismes" ni celui des "islamismes"...
1- Pour commencer, il est un impératif : Celui d'apprendre à regarder en pleine face de l'autre côté et l'éclairer avec une lumière épurée de la réactivité habituelle de ces fameux -ismes.
2- Il faut aussi savoir accepter d'aller voir dans nos propres zones d'ombre ou de pénombre qui sont en général celles que nous révèlent l'autre bord.
3- Enfin me semble-t-il, il y a lieu tout en étant intransigeant avec la rigueur et tranchant avec les absurdités, de ne pas tomber dans l'exclusivisme.
4- le dialogue (le logos entre deux) est à mettre en avant.
À ce le docteur T. Janssen (*) nous indique avec force une leçon tirée de son expérience : Entre l'un et l'autre, dans une rencontre voire une confrontation d'idées et de pratiques ce n'est pas l'un, ce n'est pas l'autre qui priment qui ont la plus forte importance, mais et.
L'objectivité scientifique, comme le formule bien YL - "La méthode scientifique (...) tente d'écarter la subjectivité de l'observateur"- , ne peut pas réellement mettre le sujet à l'écart de tout élément "objectivable" de la vie.
* "LA MALADIE A-T-ELLE UN SENS ? Enquête au-delà des croyances" (Fayard, 2008)et "LA SOLUTION INTÉRIEURE Vers un nouvelle médecine du corps et de l'esprit" (Fayard, 2006)
Les forteresses "vides" sont pleines du sujet
Paul nous étions synchrone, pendant que tu écrivais, je le faisais aussi de mon côté.
Ce que tu décris correspond assez bien à l'accaparement des savoirs et leur institutionnalisation. Et, fort d'une expérience ressente d'hospitalisation en raison d'un AVC bulbaire, je donne raison à ta dénonciation d'une certaine déshumanisation des lieux communs où se traitent de manière disparate, quasiment plus des malades mais seulement des symptômes de maladies.
J'ai connu de près la séparation entre psychiatrie (réputée psychologique) et neurologie (réputée organique). En effet mon grand oncle, frère de mon grand-père était prof de neuropsychiatrie à la fac de Bordeaux.
Il s'est efforcé de maintenir joints, les deux versants d'une approche qui se veut thérapeutique...
En fait il arrive un moment où deux aspects, deux voies de recherche d'une modalité d'action doivent se séparer; question connue de cycle évolutif. Quand l'un des côté bride l'autre dans sa créativité, dans son inventivité, dans son élan vital qui fait découvrir des champs nouveaux d'investigation, de nouvelles manières d'aborder des problématiques, c'est sans doute le moment de briser la tutelle, de couper le cordon ombilical, de se séparer pour l'envol possible. Désaliéner un mode de recherches et de certitudes "impérialistes" est une bonne chose.
Il est un autre temps cyclique où il est adéquat et totalement fructueux de jeter des ponts entre ce qui s'est expérimenté de l'un et de l'autre côté de la vérité dans le réel.
De faire le bilan de ce qu'ont apporté comme contribution, l'une ET l'autre des polarités, de vérifier quels objectifs sont atteints ou pas et d'opérer une synthèse.
Traiter les choses sur le plan organique et spirituel (soit donc en rapport avec l'esprit), regarder le subjectif et l'objectif sans loucher ni écarter l'un ou l'autre, est une juste position.
Elle demande beaucoup de modestie de la part du soignant ou de l'écoutant, et de toujours garder en tête l'idée que sur l'expression, sur le dit du vécu des sujets concernés dans la situation, ce sont les sujets qui trouvent le sens.
l'accompagnant, comme sa désignation l'indique ne peut donc qu'aider la personne à trouver en toute liberté le sens qui est bénéfique pour elle (la personne, pas l'accompagnant !!) à tel moment, dans telles circonstance et non pas le sens communément admis et imposé de manière abusive.
Il doit se contenir dans ce rôle et il se doit de s'en contenter.
Son devoir aussi est de se former -c'est sans fin- en gardant l'esprit à la fois ouvert et strict.
Enfin, sujet de et dans sa propre vie, il se doit de confronter ses convictions avec celles d'autrui, à commencer par celles de ses pairs praticien.
* Sur la confusion entre cause culturelle (spirituelle, mal de sens) et conséquence organique, il sera utile de lire le livre de Dominique AUBIER : "L'AlZHEIMER Étiologie établie d'urgence sous regard kabbalistique" (Ed. M.L.L. La Bouche du PEL, 2008)
merci à Paul
Tout ce que je m'autoriserai à penser sur cette question complexe qu'est l'interaction de l'organique et du psychique, devra être conforme à votre témoignage.
J'ajoute simplement ceci, qui est trivial , que les soins doivent se mesurer à leur efficacité, même si on ne sait pas s'ils portent sur les causes premières ou sur des causes qui résultent de causes antérieures.
Rien d'efficace n'est "trivial"
Relance sur Senik:
- Oui, c'est pas mal la bouteille à l'encre que la recherche des "causes premières".
Que ce soit en ce qui concerne ce que l'on nomme (par commodité et efficacité de langage) "les maladies", que ce soit "la" cause du fait que nous sommes là, les uns et les autres, à échanger des points de vues et des vécus sur ce lieu de réflexion et de partages que j'apprécie.
Chercher à trouver absolument les causes premières a amené à des dérives notoires et des délires induits par des personnes se plaçant sans contrôle en position de thérapeutes (et s'auto proclamant comme tels). Par des personnes prenant position de pouvoir et de main mise manipulatrice sur les "thérapisés".
La "toute puissance" pseudo-rassurante infantile n'est pas bien loin de certaines pratiques...
En matière d'autisme, outre les savoirs livresques et ce que j'en ai appris professionnellement, l'expérience vécue que j'en ai est celle de l'atteinte d'un petit fils dont le diagnostic assez récent plus précis est celui d'une forme Asperger. Ce petit fils est franco-Canadien est je dois dire qu'outre-atlantique, l'accompagnement de la personne et de l'entourage est sans doute plus élaboré et en tout cas il me semble mieux structuré tout en fonctionnant dans un état d'esprit plus ouvert que par ici. Bien que ce que décrit Paul soit une situation possible aussi là-bas.
Lors de soins solidaires à apporter pour un bien être aussi accompli qu'il est possible, l'alliance synergique de l'amour et de la rigueur de la science, celle de la bienveillance, de la compassion et celle de la connaissance précise basée sur une expérience réelle, offrent à mon sens une garantie certaine d'efficacité.
Le plus important dans l'existence, ce ne sont pas les apparences.
La personne, donc humaine, avec ses potentialités, TOUTES ses potentialités, est ce qui prime sur le savoir relatif.
Non ?
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