En Occident, Mai 68 a été globalement une crise générationnelle dans la culture.

Les « jeunes » ne voulaient plus vivre dans les normes et les représentations transmises par les années de l’immédiat après-guerre.
Mais ils ne pouvaient penser leur révolte qu’avec le logiciel marxiste, et en se donnant pour ennemi ce dont ils étaient les produits, la société de consommation.

Quand Jean-Luc Godart les baptisa « enfants de Marx et de Coca-Cola » il encapsula magnifiquement leur contradiction.

Au bout d’un petit moment au regard l’histoire, la plupart comprirent que leurs aspirations étaient infiniment plus audibles dans l’Amérika détestée qu’au Viêt-Nam, au Cambodge, ou à Cuba.

Ce fut une crise joyeuse, avec son lot d’échecs et de dérapages plus ou moins contrôlés, et ce fut une crise salutaire qui fit faire un bond considérable vers une vie moderne, une vie d’individus plus autonomes.

Le mauvais côté de cette excellente contestation générale, dont la finalité devrait être d’opérer un tri et une transformation, fut sa transformation en négation systématique.

Il n’est pas un mot, un repère, une norme, qui n’ait été dénoncés comme autant de formes insidieuses et perverses du pouvoir.

Peut-on réfléchir aujourd’hui sans être un peu disciple de Michel Foucault, de Pierre Bourdieu, et je ne mentionne même pas les ouvertement révolutionnaires ou alternatifs systématiques?

Il faut faire le tri, et il faut même tordre parfois le bâton dans l’autre sens. La société moderne n’a pas de tabou, elle n’a pas non plus d’impératif implicite, pas même  celui de s’auto- stigmatiser.

Ce blog nous offre une excellente occasion d’opposer aux critiques une défense sans complexe de certaines normes.

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André Senik