vive les sociétés modernes - abécédaire

Cet abécédaire est élaboré progressivement. Les contributions proviennent d'horizons (professionnels, disciplinaires, philosophiques...) divers. Il voudrait être un témoignage sur notre époque.

30 mai 2009

M comme « Maîtres et possesseurs de la nature »* (Descartes coupable?)

Cette expression de Descartes ferait-elle de lui le penseur qui a ouvert la voie à la conquête dévastatrice de l'homme sur la nature? Replaçons Descartes dans son temps et dans son contexte. Remarquons d'abord que la citation est incomplète: dans la 6e partie du Discours de la Méthode (1637), Descartes écrit que les sciences et les techniques pourraient nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature »**. Pour Descartes, le Maître de la nature reste bien Dieu dont nous tenons les « vérités éternelles » et qui ne cesse de créer le monde où nous vivons. Mais Dieu ne peut prévoir ni orienter la liberté des hommes. C'est pourquoi, étant « comme » maître et possesseur de la nature, l'homme est aussi responsable de ce qu'il lui fait subir. Pour Descartes, la liberté est si grande qu'il n'envisage pas qu'elle puisse être débordée par la science et la technique. Il n'y a pas pour Descartes d' « essence » de la technique parce qu'elle n'est pas autonome à son époque . Celle dont il parle est celle des artisans et des inventeurs, dont il espère une économie d'effort humain et une victoire sur les maladies.

Quelle est donc  la grande nouveauté de Descartes? La découverte des possibilités ouvertes par la « méthode », qui consiste à appliquer le raisonnement géométrique à l'ensemble du savoir humain. Il faut un fondement à ce savoir. Pour Descartes, il n'est pas en Dieu, mais dans le sujet qui pense. Ce sujet est rationnel et libre à la fois. Mais sa liberté est plus grande que son savoir. C'est pourquoi il peut en faire un usage dévastateur. Il est maître du monde par sa pensée à condition d'être maître de ses pensées. C'est le sens du Traité des passions. A partir de Descartes il faut que l'homme s' impose des limites à lui-même, car ni la nature qu'il domine d'une manière que Descartes ne pouvait pas imaginer, ni Dieu, qui ne peut intervenir sur la liberté, ne nous poussent à le faire. C'est en ce sens que, dépassant son époque et son contexte, Descartes peut encore nous être une leçon.

.

Françoise Valon (philosophe)

.

.

* « Mais, sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j'ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi jusques à présent, j'ai cru que je ne pouvois les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu'il est en nous le bien général de tous les hommes : car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connoissances qui soient fort utiles à la vie; et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » (Discours de la Méthode, 6e partie)

** Si on occulte ce « comme », on fait de Descartes le pionnier de ceux qui, voulant imposer à la nature la domination de la raison conduisent à « l'arraisonnement » technique du monde dont nous constatons aujourd'hui les dégâts. Le « comme » n'introduit pas seulement ici une atténuation, mais marque une comparaison. Il s'agit d'être « comme » maître de la nature, comme on est maître de ses passions, en n'ignorant pas leur force, mais en modifiant leurs effets par un acte de volonté. Pas plus que l'artisan (auquel Descartes se réfère explicitement dans ce passage) ne peut modifier le cours des astres ou la chaleur du feu, nous ne pouvons modifier notre nature, qui consiste à trembler de peur en face du danger. Mais de même que nous pouvons utiliser la chaleur du feu pour forger le fer, nous pouvons empêcher notre cheval de tourner le dos au danger. Pour Descartes, en même temps que la philosophie affronte la souffrance des hommes grâce à la science et la technique , elle affronte les passions grâce à la raison. (On peut mettre en relation ce passage du Discours avec le Traité des passions de l'âme.)

Posté par pierregautier75 à 10:36 - M - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Lévi-Strauss

un exemple parmi beaucoup d'autres de contestation du projet cartésien (bien ou mal compris?):

" Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profondément la nocivité, c'est cette espèce espèce d'humanisme dévergondé issu d'une part de la tradition judéochrétienne, et d'autre part, plus près de nous, de la Renaissance et du cartésianisme, qui fait de l'homme un maître, un seigneur absolu de la création" ("Entretien" Le Monde 21/1/1979)

Posté par pierre gautier, 30 mai 2009 à 13:19

Libre-arbitre et non Liberté

Il me semble que la conception religieuse, monothéiste, de l'homme, que soutient encore Descartes, ne donne pas à l'homme la liberté, mais le libre-arbitre, c'est à dire la responsabilité d'avoir choisi le mal, d'avoir refusé de vivre selon la règle fixée par "son" créateur. Il fallait bien nommer l'évidence!
Quand le Livre de la Genèse met en forme la condamnation de l'humanité à "manger son pain à la sueur de son front", aux environs de 600 avant J.C., il y a déjà longtemps que l'homme cultive le blé et fait cuire son pain. À ce stade, il n'a pas conscience de commettre un crime contre la nature, qu'il égratigne seulement.
Il "sait" seulement que c'est dur, qu'il souffre, qu'il peut se faire voler le produit de son travail, et qu'il meurt. Il se vit plus comme "puni" que "conquérant".
À partir de quel moment, certains hommes, les dominants, font une autre lecture du contrat divin, qui justifie leur expansion et leur prétention à posséder le monde, à mettre la création à leur service?
Ils avaient commencé avant, sans le savoir. L'âge du bronze, puis l'âge du fer, sont ceux des premières conquêtes, des premiers grands massacres, allant probablement jusqu'à l'extermination de populations entières.
Étant de ceux qui pensent que les hommes ont fait les Dieux à leur image, il ne me parait pas nécessaire de chercher un coupable spécifique.
De même, l'humanité sécrète elle-même ses juges, ses prophètes, ses censeurs, ses bourreaux. Pour une bonne partie, elle est passée du libre-arbitre à la liberté, mais pour le même usage, choisir entre le bien et le mal.
Et pour la recherche des coupables, elle a pris le relais des religions. Elle en est arrivée à se condamner elle-même.

Posté par Y.L., 31 mai 2009 à 06:48

Descartes, comme d'autres à bon dos !!

Responsabilité nécessaire et suffisante :


Je crois avoir constaté que ce n'est pas l'esprit d'aventure, ni l'esprit de recherche par curiosité qui posent problème au monde où il es trouve que nous vivons, nous les humains.

Je crois aussi avoir observé qu'à la limite, ce n'est même pas l'éventuel fait de prendre du pouvoir sur les choses de l'environnement qui est problématique pour l'humanité, mais plutôt le fait de prendre le pouvoir par désir de dominance sur autre et dans un état d'esprit qui exclue le partage et l'intelligence de comprendre que toutes choses sont liées.

La première personne que nous devrions accepter les uns les autres, sans culpabilité c'est nous même.

Personne n'est à priori, ni "d'origine", coupable de quoi que ce soit.
Fils et fille de "Dieu" ou fils d'hommes et de femmes,
le fait d'être humain ou de chercher à l'être, à le devenir, n'entraîne pas ipso-facto d'être coupable mais implique d'être responsable.

Posté par Eric Delmas-Mars, 31 mai 2009 à 19:55

"Qu'est-ce-que j'ai fait au bon Dieu?

Je pense au contraire que le sentiment de culpabilité accompagne l'homme dès sa prise de conscience. Qu'il soit fondé, ou non.

L'interprétation des malheurs comme signe de colère des esprits des ancêtres, des dieux, puis de Dieu, une fois qu'il fut unique (théologie de la punition), est une constante.

Nous avons remplacé le tendre épouillage de nos ancêtres simiens* par la recherche d'autres "puces".
Souvenons nous du "Te Deum" de Mai 1940, puis des lettres de dénonciation de l'occupation.

Ta généreuse sagesse n'est toujours pas majoritaire!

*Dont les colères sont aussi meurtrières que les nôtres.

Posté par Y.L., 01 juin 2009 à 08:06

Luci-dité !! Sans luci-déïté ?

Salut Y.L.au pavillon haut!!
Tu dis vrai, la quantité n'y est pas, ni la majorité !
Cela n'enlève rien à la qualité de la sagesse, même si "parcimonieuse" à ton goût.

Oui, je me révèle être un impénitent (c'est les cas de le dire...) optimiste qui essaie d'ouvrir d'autres de ses semblables, humains, à une perspective de civilisation utopique "pour l'instant" et qui cherche à trouver sa terre d'implantation.

Cette démarche peut donner l'impression qu'elle détient des relents de religiosité. (Laquelle n'a pas l'air d'avoir ton agrément)
À mes yeux il n'en est rien : Je n'ai pas le regard ni le cerveau qui va avec, tourné vers le passé.
Ce qui est écrit dans ce livre-là, celui du passé dans l'histoire de l'humanité et gardé en mémoire, je m'en sers seulement pour en retirer les expériences et comme "garde-fou".
- Je ne traîne plus comme boulets aux pieds, ni mon ancienne religiosité, ni mon animalité en tant que refoulé par justement de la religiosité; j'ai inclus dans ma sagesse au quotidien l'avertissement du: "Qui veut faire l'ange fait la bête".
= Je formule pour l'à-venir (de nos petits enfants nés et à naître) lié au présent, que la voie du juste milieu, celle de la sagesse qui annule les excès et les obscurantismes des deux positions classiques qui s'affrontent dans nos civilisations modernes, est de considérer que, sans partir nous perdre dans des élucubrations théologiques et théoriques multiples et sans fin, nous pouvons nous ouvrir à une perspective proprement humaine qui déculpabilise et libère de la bestialité.
Ainsi, sans chercher à sublimer notre animalité en la contrecarrant d'où elle agit en soubassements, et sans la nier mais en refusant de se laisser aller à de la bestialité, nous pouvons nous servir des cartes de la modernité bien comprise et assimilée.
Sinon, à quoi aurait servi que notre nature évolutive, qu'elle soit considérée comme divine ou darwinienne, nous ait doté d'un cortex dépassant les facultés simiesques ?
Et pourquoi pas envisager une nature divino-darwinienne ?

Crime de lèse majesté pour les deux bords ?
En tout cas je ne me sens pas coupable ni sur l'un, ni sur l'autre de ses deux bords de la pensée humaine contributive !!

Et je termine en précisant qu'humour n'est pas cynisme :
- Certes cette sagesse que je préconise comme "remède" aux accès de fièvre et à une certains comportement compulsifs contemporains, n'est pas majoritaire; mais, par boutade, je propose que nous demandions à Yves Coppens si, prise comme archétype, "Lucie" était majoritaire à son époque...
L'histoire n'est pas tout, elle n'est certes pas le tout de la réalité et, au sens de fatalité ("mektoub"), elle n'est pas écrite.

Et pour conclure, revenons au sujet tel que posé :
Maîtriser ne veut assurément pas dire posséder.
C'est même l'inverse; cela veut dire lâcher du lest et s'essayer sans réserve ou préjugé, dans le courant de la vie.

Posté par Eric Delmas-Mars, 01 juin 2009 à 10:56

Pauvre Lucy!

Elle est morte, toute jeune, prise dans une coulée de boue, comme celles dont nous pensons aujourd'hui qu'elles sont le résultat....de notre faute.

Je pense qu'elle est pour les pré-historiens ce que sont les cariatides bien conservées de l'Oréal, pour les hommes ordinaires.

Ta position est idéale, mais non réelle (en ce qui concerne les autres). C'est très courageux de la soutenir!
Mais la religiosité qui fait partie du passé de tous les hommes, et aussi, de leur refoulé, nous joue les tours les plus divers.

Posté par Y.L., 01 juin 2009 à 11:37

Eric D-M Idéaliste ?

Je ne voudrais pas faire sur un sujet de réflexion en commun, de commentaire qui m'implique de trop, cependant et puisque tu m'y invites, j'écris ceci :

Réalisme et idéal ne sont pas immariables.

Et personnellement je suis, à peu-près comme tout le monde sans doute, un mélange de rationalité et d'idéalisme etc.

Je précise que je suis assez observateur et prends suffisamment en considération mes contemporains dont je suis tellement le semblable, pour me rendre compte que nous sommes assez peu à nous brancher sur un autre état d'esprit.
Sur une ouverture d'esprit qui ne se laisse pas conditionner ni impressionner par l'actuelle dominance de pensées et de comportements.
Sans doute suis-je en cela un frondeur "à la David" qui fit tomber une vue univoque cyclopéenne rétrécie, ou "à la de Gaule" qui catalysa des forces d'opposition au nazisme...

Pour l'instant, ce n'est qu'en idée.
Est-ce que cette "position idéale" qui n'a pas encore trouvé de terrain concret où se poser pour s'appliquer et pas suffisamment de développement intellectuel pour pouvoir "changer le cours des choses" ?

Ce qui est sur, réel, c'est que je l'appelle de mes voeux.
Tu me répliqueras sans doute avec cette pointe d'ironie dont je te sais possesseur, que pour l'instant, ils restent pieux !!

Posté par Eric Delmas-Mars, 02 juin 2009 à 09:52

progrès

Les sciences et les techniques modernes ne nous ont sans doute pas rendu "comme maîtres et possesseurs de la nature", mais elles ont permis à ceux qui en bénéficient de pouvoir vivre en étant un peu moins les jouets de celle-ci: grâce à elles, dans certains pays, sécheresse, tremblement de terre, épidémie... ne signifient plus automatiquement famine et morts par dizaines ou centaines de milliers. N'est-ce pas un progrès de pouvoir vivre sans avoir à prier les dieux pour qu'il pleuve? L'objectif doit être de rendre ce progrès à la fois durable (non dévastateur) et accessible aux hommes de tous les pays et non d'y renoncer au motif qu'il s'agirait d'un projet intrinsèquement diabolique*.

*« diabolique » ou hérétique, puisque le projet cartésien est d’abord de rendre possible « l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent », alors qu’il a été dit à Adam : « …le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. ». ("Genèse 3", 17-19)

Posté par pierre gautier, 02 juin 2009 à 11:05

où est la faute?

Descartes a génialement démystifié et désacralisé la nature, en réduisant à un mythe son ordre à respecter. Les dangers entraînés par le pouvoir que notre espèce s'est donnés devront être l'objet de choix politiques et techniques, mais ils ne font pas de cette puissance un mal. Le mal que j'aperçois dans ce regard désenchanté sur la nature est l'oubli de notre appartenance, et la perte du sentiment d'appartenance. Darwin est l'antidote, pas
la technophobie.

Posté par senik, 03 juin 2009 à 12:36

Progrès contre fatalité ?

La notion de progrès est typiquement l'apanage de nos sociétés modernes occidentalisées. Le fait que le temps y est pensé comme linéaire (démarrant d'un point A situé dans un passé, pour aboutir à un point B projeté dans un futur, en passant par un présent périmé quand il est pensé et exprimé) y est sans doute pour quelque chose.
Cette notion de progrès inscrit nos sociétés dans une dynamique que l'on ne peut nier.

Et, bien qu'il ne soit pas aisé ni simple de déterminer en toute considération de causes à effets si des avancées de la science et des technologies qui en découlent sont réellement des progrès, nous pouvons souscrire à l'appréciation de Pierre Gautier : "Diaboliser" en soi le progrès, ne paraît pas une position juste.
Ce qui de mon point de vue ne l'est assurément pas, c'est de le mettre en position de valeur absolue ou de le placer comme dogme à valeur universelle et univoque.
De même qu'il peut ne pas paraître bon d'idolâtrer quelque "dieux" ou "Dieu" inventés, il n'est sans doute pas bon de croire que le dit progrès scientifique et technologique apportera toutes les solutions nécessaires au mieux vivre de toute l'humanité sur cette belle planète, que nous avons tant bien que mal à partager. Il y faudra aussi du coeur pour se désenclaver des égoïsmes courants.

Remarques :
1- Que je sache, l'homme dit moderne n'est pas encore ("Dieu" merci !?) en mesure de faire la pluie et le beau temps !
Et je soulignerai même que, à en croire nos savants, ce serait plutôt l'inverse puisque ceux-ci nous indiquent que l'activité humaine de progrès contribue à une sécheresse en voie de généralisation.
2- La lecture linéaire (et littérale) habituelle de Genèse dans sa traduction en français n'est pas la seule possible.
Déjà une piste peut être de lire le passage indiqué (G. III, 17-19), comme décrivant la conséquence du volontarisme Adamique lui ayant fait quitter son self, sa "terre intérieure" (la Adamah) et le travail nécessaire pour en retrouver le chemin afin d'en retrouver l'esprit initial qui l'anime et l'inspire (avant que ne se produise "la déviation de tir" qui hante les esprits).
Simple description par le processus intelligent ("Y H V H" dans le texte) qui avertit l'être humain en devenir.
Description d'un processus qui nous est inhérent, à savoir que lorsque nous visons de manière déviée, nous impactons à côté de la cible et que le processus intelligent en nous, nous incite à en prendre conscience et à rectifier la visée.
Autrement dit, il est possible de faire une lecture non "déiste" de ces textes de Genèse et d'y gagner en intelligence et en autonomie respectueuse de la donne initiale.

Posté par Eric Delmas-Mars, 03 juin 2009 à 22:11

Lecture non déiste

C'est, je pense, la lecture que je fais, postulant qu'ils expriment une préoccupation humaine, celle de l'effet subversif du savoir. On la retrouve dans bien des mythes et dans bien des réflexes de notre époque.

Cependant l'égalité des hommes dans l'accès au progrès et loin d'être acquise, et l'état des lieux n'est satisfaisant nulle part. C'est pourquoi le progrès est une valeur en soi, même dans le domaine sensible de la crise "écologique". Il ne faut pas "sacrer" les solutions régressives!

Posté par Sceptique, 04 juin 2009 à 07:01

Faire le deux un

Certes, cher Sceptique, ne pas "sacrer" les solutions régressives, et ne pas sacraliser non plus certaines composantes de ce que nous appelons le progrès.
Par contre dynamiser, oui. Améliorer le sort de chacun, oui. Tenir compte les une des autres, oui. Partager de manière solidaire et aussi équitablement qu'il est possible, et les ressources et le (les) savoir(s): Oui. Luter contre les obscurantismes de tous bords..., oui, oui, oui. Je suis pour à 100 %.

Il est possible, que nous ayons sur ces textes anciens des avis concomitants.
Et en passant, je précise que pour ma part je ne suis ni un opposant forcené à, ni un défenseur acharné de la laïcité. Du reste ma position est similaire tant vis à vis de la science que du phénomène religieux: Examiner, prendre en compte et se nourrir de ce qu'il peut y avoir de bon pour se faire une opinion. Et donner à penser le monde.

Je suis de ceux qui se rendent compte qu'il devient pressant dans notre culture occidentale moderne et d'une manière plus générale, dans le monde d'aujourdhui, de re cadrer le sacré, pas le dégommer sans lui accorder un droit de parole et, si nous voulons le condamner, lui accorder un droit de défense.
De la re cadrer en commençant par le "désacraliser".

Qu'est-ce à dire ?

Pour faire bref : Ce travail déjà commencé, consiste à l'ôter de son aspect sacro-saint et à le placer dans un sacré non idolâtré, soit non déifié, tu ajouterais sans doute : "dans un Sur-moi", et c'est à coup sûr là, que nos pensées se rejoignent.

Même si je ne sais pas toujours trouver les mots pour l'exprimer de manière compréhensible, ce que je vois clairement,c'est qu'il ne faut pas "jeter le bébé avec l'eau du bain" comme a eu tendance à le faire le siècle dernier.
Tuer les dieux, supprimer "Dieu" des modes de raisonnement et de comportement humains est une opération délicate. Elle fait appel à une "chirurgie" fine qui nécessite un grand pouvoir de discrimination constructive.

Distinguer dans nos modes de penser, ce qui est frelaté de ce qui est sain n'est pas aisé, loin s'en faut.

Déjà, j'ai esquissé qu'une lecture contemporaine de Genèse était possible.
Dans mon esprit elle n'est pas "darwinienne" comme certains cherchent à le faire, ce qui à mon sens n'est pas une juste position.
Elle n'est pas non plus "scientiste" ni celle habituelle au sens de lecture linéaire, psychologique.
Elle se réfère à une percée directe dans le texte brut ("idéographique") que transcrit dans l'original et elle est éclairée par les nouvelles données qui nous permettent de considérer le monde contemporain.

Pour mieux préciser mon propos précédant et indiquer ("donner preuve" !?) qu'il est effectivement possible de faire livrer à ces écrits anciens un sens plus dynamique, plus en phase avec nos savoirs actuels, je pousserai plus loin l'allusion à "Y H V H" qui est traduit invariablement par le mot "Dieu" (avec toute l'équivoque que cela peut comporter et les mal-dits et les mal-entendus qui en découlent).

- J'ai indiqué qu'un processus d'intelligence (Y H V H) parle à l'ADaM, soit à l'être humain(*) en devenir.
Si nous-nous donnons la liberté de quitter l'univers des superstitions et celui de la crainte qu'un "Sur-moi" créé de toute pièce par notre esprit embué, ne nous damne, nous pouvons facilement nous représenter qu'il s'agit d'un processus intérieur de conscience qui nous donne à penser et nous représenter.
Ainsi, nous aurons quelque chance de laisser saisir notre faculté de penser, par ce processus qui nous donne intelligence du réel, j'ai indiqué : Y H V H (Yod Hé Vav Hé). Que nous ne pouvons pas penser; c'est lui, si je puis dire, qui nous pense et fait penser : Il n'est pas possible de le figer dans un processus mental; sinon, nous le fossilisons, nous le cristallisons, nous le momifions et ainsi, nous-nous coupons de sa poussée dynamique et donc de la dynamisation qu'il procure à notre esprit dans la vie.

= Nous savons désormais que notre cortex est une unité qui fonctionne selon deux polarités (deux hémisphères à 6 couches cellulaires. Il sont en continuité cellulaire, chacun présentant sa fonctionnalité propre, complémentaire de l'autre).

Si nous avons la présence d'esprit et nous donnons l'opportunité d'opérer un rapprochement entre ces deux données (celles que je viens dénoncer), nous comprenons que ce texte ancien peut être pris dans un sens qui l'actualise de manière pleinement utile.
Il nous est loisible de comprendre que deux Hé, les deux hémisphères, peuvent s'unir pour donner compréhension, conscience du réel.
Nous ne laissons alors pas l'un ou l'autre de nos deux côtés dominer son vis à vis dans une interprétation tronquée, par trop subjective ou exagérément objective de la vie.

Une autre symbolisation peut tomber sous un sens "moderne", celle du Serpent dont il est intéressant de trouver les points d'attache avec la notion de cerveau dit "reptilien"...

La régression, la stagnation n'est valable pour rien. La dynamisation juste est valable.

*(dans son aspect d'universalité)

Posté par Eric Delmas-Mars, 04 juin 2009 à 15:28

à Eric Delmas

- sur le progrès: je ne sais si dans l'avenir des progrès seront réalisés (des stagnation et même des régressions partielles ou massives ne sont pas du tout impossibles); mais je crois qu'au cours des derniers siècles d'immenses progrès (qui auraient pu ne pas se produire: le progrès n'est pas nécessaire) ont eu lieu (tant sur les plans scientifique et technique que politique et social)qui ont grandement amélioré la vie des hommes dans les pays qui en ont bénéficié: leur vie matérielle et physique mais pas simplement leur vie matérielle et physique, parce que, au contraire de certains (en philosophie les stoïciens par exemple), je ne pense pas que les hommes puissent communément développer les puissances humaines (notamment spirituelles) qui sont en eux dans la fatigue, l'épuisement et la faim.

- tout à fait d'accord avec vous pour penser qu'une lecture non déiste les livres de la Genèse est possible.

amicalement

Posté par pierre gautier, 05 juin 2009 à 09:25

La connaissance comme subversion

C'est l'interprétation que je fais du "péché d'Adam et Ève" et de sa sanction, tels qu'ils sont habituellement présentés.
Divers mythes trahissent cette préoccupation des possesseurs du savoir qui les ont mis en forme. L'histoire de l'Église montre qu'elle a été saisie à son tour par cette crainte.
Sans parler de sacralisation du progrès, pas plus que celle de la régression, je vois la recherche de la connaissance et de ses applications possibles comme l'exercice d'une liberté fondamentale.
L'humanité a droit à l'autonomie de sa pensée, et à son fruit, non défendu, le progrès.

Posté par Sceptique, 06 juin 2009 à 05:29

S.Weil dit

Pour ramener le propos à ce qui me semble être essentiel au milieu de toutes ces remarques passionnantes, je voudrais citer quelques pensées de Simone Weil
1-Dans "Réflexion sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale"(p.311):
L'humanité ne se croit plus en présence de divinités capricieuses dont il faille se concilier la faveur; elle sait qu'elle a simplement à manier de la matière inerte, et s'acquitte de cette tâche en se réglant méthodiquement sur des lois clairement conçues. Enfin il semble que nous soyons parvenus à cette époque prédite par Descartes où les hommes emploieraient "la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres et de tous les autres corps" en même façon que les métiers des artisans, et se rendraient ainsi maîtres de la nature. Mais par un renversement étrange, cette domination collective se transforme en asservissement dès que l'on descend à l'échelle de l'individu, et en un asservissement assez proche de celui que comporte la vie primitive. Les efforts du travailleur moderne lui sont imposés par une contrainte aussi brutale, aussi impitoyable et qui le serre d'aussi près que la faim serre de près le chasseur primitif. "
De sorte que la maîtrise de la nécessité par la technique va de pair avec un asservissement de l'homme sur l'homme dans l'organisation du travail.
2- Dans "l'Enracinement"(p.1177):
Simone Weil cite "Mein Kampf" d'Hitler:
"L'homme ne doit jamais tomber dans l'erreur de croire qu'il est seigneur et maître de la nature...il sentira dès lors que dans un monde où les planètes et les soleils suivent des trajectoires circulaires, où les lunes tournent autour des planètes, où la force règne partout et seule en maîtresse de la faiblesse, qu'elle contraint à la servir docilement ou qu'elle brise, l'homme ne peut pas relever de lois spéciales."
Elle commente: "La vie entière d'Hitler n'est que la mise en oeuvre de cette conclusion: L'homme n'est pas seigneur et maître par la connaisance comme le croyait Descartes, mais seulement et toujours par la force .
C'est la conviction de tous ceux qui imposent une servitude, quelle qu'elle soit, celle du travail en particulier, parce qu'elle interdit la pensée.
Mais
3- Dans "Réflexions sur l'oppression et la liberté p.273 et suiv.)
"le "cogito" de Descartes est "la reconnaissance de la pensée comme refus en acte, comme puissance de refuser, qui décolle le sujet de lui-même...Nous avons la responsabilité totale du degré de clarté de nos propres pensées."
Ainsi on peut comprendre qu'il faut "rendre à l'homme, c'est à dire à l'individu, la domination qu'il a pour fonction propre d'exercer sur la nature, et sur les outils et sur la société elle-même"; Cette dernière maîtrise, dont Descartes ne fait pas mention, manque à la philosophie pour élaborer un propos politique conséquent. Heureusement que Simone veille....
(Toutes les citations sont tirées du volume de ses oeuvres in Quarto (Gallimard.)

Posté par valonfrancoise, 07 juin 2009 à 18:42

35 à 40 sur 168

C'est le nombre d'heures effectuées en moyenne par le travailleur moderne, en une semaine.
Ce rapport n'a pas grand chose à voir avec la vie du paysan depuis....le néolithique, jusque dans les années 1950 (mécanisation rapide de l'agriculture), ou celle de l'ouvrier du début de la révolution industrielle.

Posté par Sceptique, 07 juin 2009 à 21:21

Merci

Merci à Françoise pour ce commentaire de Simone Weil à propos d'Hitler et de sa citation de Mein Kampf : fort instructive.

Posté par Raphaël Loffreda, 09 juin 2009 à 10:47

Sur le progrès

Je tiens à insister sur le fait établi et sans cesse à réfléchir que la notion de progrès est une notion, une appréciation S U B J E C T I V E.
C'est tout ce que je dis, mais je le dis et le répète ici parce que c'est ce que l'on oublie sans cesse. Ce que nous ne gardons pas en tête de manière systématique.

Des exemples, il y en a à foison: Si la roue peut être considérée comme un progrès qui ne se dément pas, la voiture est un progrès plus relatif quand engluée dans la stagnation, elle ne nous empêche d'avancer où quand elle nous empoisonne l'air.
Le nucléaire lorsqu'il donne la possibilité de fabriquer des bombes, est-il un progrès ?
Certains laboratoires ont-il contribué au progrès de l'humanité lorsqu'ils ont mis au point et livré certains gaz ?
La guillotine était-elle réellement un progrès ? Dans l'art de tuer proprement ?
J'arrête là, chacun peut comprendre ce que j'exprime là.

Posté par Eric Delmas-Mars, 09 juin 2009 à 15:13

À nouveau sur le progés et sur la satiété

Bien sûr que je suis en accord avec votre pensée, Pierre, quand vous dites que, d'une manière générale c'est lorsque nous pouvons satisfaire à nos besoins élémentaires et à ceux de notre famille (*), qu'il nous est possible "en outre", de méditer sur qui nous sommes et de développer une dimension d'esprit, de sens de l'humain qui en appelle à vivre et s'exprimer en nous.

Il y faut aussi du temps disponible et si comme le suggère Yves, l'agriculteur peut en posséder pour lui maintenant grâce à la technique, il faut savoir considérer que le système de progrès moderne aboutit parfois à des contraintes pires que celle du passé dont nous gardons mémoire.
Il faut aussi savoir que les paysans y ont parfois perdu leur "âme".(**)
Il suffit de regarder et d'écouter libre d'un préjugé tel que : "Le progrès prime tout" certains faits. Les laitiers en sont l'exemple récent, les pécheurs aussi... Et je connais ici, dans la campagne corse, des paysans heureux qui n'utilisent pas les semences capturées par d'industrieuses sociétés transnationales hégémoniques.

Ce que je suggère donc, c'est que: le progrès s'il libère l'être humain, oui; ses excès et les aliénations qui en découlent : Non.

....................................
Et une remarque en direction de notre ami "Sceptique" dont j'espère qu'il a lu le bref exposé de Bernard Debré, "LA REVANCHE DU SERPENT OU LA FIN DE L'HOMO SAPIENS" (Document, Le cherche midi, 2005):
- Tu fais une lecture possible de ce mythe archi-connu, galvaudé et à mon sens mal interprété de plusieurs bords, dit "du péché d'Adam et Ève".
Il s'agit-là d'une lecture dont j'ai déjà parlé, elle est une lecture mythologique de style hellénique qui considère que se déroule là le récit de l'acquisition du savoir au détriment des dieux.
Elle est possible et qui s'arrogerait, au risque de faire preuve d'intransigeance, le droit de refuser à d'autres ce type de lecture? en tout cas pas moi.

Il est bien facile de considérer et voir dans certaines positions ecclésiales notamment, cette crainte que tu décris.
Cependant des siècles d'interprétations erronées n'obligent pas à s'y soumettre, encore moins à s'y aliéner.
La religion, les religions, par définition ont pour but d'accompagner les fidèles qui s'en réclament à nouer et/ou entretenir un lien, à servir de lien avec un ou des dieux à qui faire allégeance.
En ce sens j'acquiesce parfaitement la position que tu adoptes.

Pour ce qui concerne l'interception que je fais de ce passage, il s'agit d'une incitation, non pas à obéir à je ne sais quel interdit posé par une entité créatrice, à l'allure parentale dominatrice, de marionnettes (nous), mais d'une invitation à responsabilisation et progression en intelligence de l'être humain. Ce qui est d'un tout autre ordre de sens que celui que l'on attribue habituellement au texte en question.
Un bon maître menuisier (ou autre artisanat) indique à l'apprenti quels sont les risque d'utilisation des outils tranchants; c'est tout !! De même que il est habituel de recommander la maîtrise de son véhicule et la prudence quand nous nous déplaçons dans un véhicule.

Ce ne sont à mon sens que les esprits embués (***)et craintifs qui y voient un interdit qui n'y est pas.
Comme il est dit dans des textes de la culture hindoue : Par crainte, ces formes d'esprit voient un serpent là ou se trouve en réalité une corde.

Au fond, par provocation et pour faire lapidaire sans lapider qui que ce soit, je dirai que le nommé, "Dieu" et ce qu'on lui colle dessus de religieux, est le plus grand obstacle de l'accès à ce que désigne ce mot de la langue française et que d'autres cultures désignent par Sagesse ou Conscience ou encore Amour, Soi.
..............
*lorsque nous somme en situation de responsabilité parentale.
**Je veux simplement exprimer par ce mot: "Ce qui les animes"; pas plus pas moins.
***Chemin de sens que nous pouvons trouver en fouillant dans le schéme : Ha B L (lettres numérotées 8, 6 et 5), buée, traduit en français par "Abel".

Posté par Eric Delmas-Mars, 09 juin 2009 à 18:38

Interprétation hellénique

Le christianisme étant né dans une société juive fortement hellénisée, l'influence de cette culture a sans doute marqué l'interprétation de la Genèse qu'il véhicule.
À propos du "progrès", je ne peux contester qu'il soit "subjectif", car dans le cas contraire, il ne rencontrerait aucune contestation ou résistance.
Son désir, sa représentation imaginaire ne sont pas le fait de tous les hommes. Il n'y a pas plus de désir collectif pour le progrès que pour d'autres objets.
Les individus qui le proposent aux autres hommes sont insatisfaits de ce qui est et ont un désir individuel de le changer:ordre social, économique, moral. Ou technique*. Leurs propositions sont plus ou moins longtemps méconnues.

*Il y a quelques dizaines d'années, l'ORTF proposait un concours d'inventions à deviner. Un femme teint en haleine le public pendant plusieurs semaines sur un "truc" permettant de beurrer les biscottes sans en casser. Il fallut qu'en fin de compte elle le révèle, car personne n'avait pu le deviner. Il suffisait de placer une biscotte sous celle qu'on beurrait! Maintenant, tout le monde le sait.

Posté par Sceptique, 10 juin 2009 à 06:30

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=201262&pid=13893424

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :