Quelle jolie expression pour désigner ce qui est réservé dans notre conscience, et promis à un silence « perinde ac cadaver » !

C’est un ensemble d’expériences vécues, pas nécessairement dramatiques, douloureuses ou humiliantes, mais, ni innocentes, ni fièrement assumées. Il s’y ajoute des fantasmes, agréables mais irréalistes, dont la révélation nous vaudrait quelques ennuis familiaux, conjugaux ou amicaux. Même l’analyste n’y a pas droit. Vis à vis de lui (ou d’elle), il faut préserver son image. L’analysant d’aujourd’hui sait que le souvenir conscient n’est pour rien dans le mal à vivre qui lui a fait entreprendre une analyse. L’imaginaire est justement un moyen d’échapper à la réalité. Ses turpitudes connues ne seraient que des cadeaux pervers.

Ce n’est ni un placard, ni un coffre dans un grenier, encore moins un journal intime oublié. Pas davantage un terrain vague ou une jachère. C’est un vrai jardin, cultivé, soigné, entretenu, visité régulièrement, dont chaque plante est arrosée, engraissée, soignée. De temps en temps, il faut trouver de la place pour une nouvelle. Il y a toujours une place vide, sans chercher beaucoup. Quelle plante était là ? « On » ne se souvient plus. Tant mieux !

De temps en temps, parce qu’on est heureux avec un auditeur (ou une auditrice), « on » en fait visiter un petit coin. Gare ! « On » n’est pas toujours récompensé de sa franchise.

L’ennemi du jardin secret, c’est l’ivresse, la cuite. « In vino véritas ! » Ce peut être la « soirée portes ouvertes » !

Si « l’autre », invité au « tour du propriétaire », y trouve matière à se fâcher, adieu le bonheur factice !

Un grand nombre de ceux dont on ignore à quel point ils ont la « main verte » restera à jamais inconnu.

Yves Leclercq