1/ Yves Leclercq

La lettre G est bien pauvre en mots dignes de figurer dans l’abécédaire interactif auquel ce texte est destiné.

Je me suis senti « aspiré » par ce mot dont on voudrait qu’il n’ait jamais existé.

Alors que ce qu’il désigne accapare notre mémoire qu’on dit collective, et parfois,  mais de moins en moins, notre mémoire individuelle.

Nous continuons à nous demander, devant le spectacle que nous offre le monde, comment nous avons fait, dans nos pays, pour nous séparer de ce phénomène universel, en l’isolant, en l’enkystant, en rejetant le fatalisme théorisé par Clausewitz.

Personne de ma génération ne pouvait croire que ce fût possible. Nous avons vécu les dernières escarmouches, comparées aux empoignades et tueries d’il y a soixante ans. Ce sont nos pères qui ont mis le point que tout le monde voudrait, sincèrement, final.

Trois millénaires (évaluation) de cours intensifs pour arriver à la sagesse. Nous ne sommes pas doués pour la paix !

Nous étions d’ailleurs convaincus qu’il s’agissait d’une disposition naturelle, au service de laquelle une bonne dose d’intelligence était bien utile. Sur le champ de bataille, elle donnait l’avantage. L’art militaire, les armes nouvelles, la tactique, la stratégie, la professionalisation, le prestige des grands chefs, leur caractère providentiel, ont pris toujours plus de place dans notre vie sociale.

Jusqu’à ce que…ça dérape. Que les humains se voient disparaître dans un gouffre toujours plus large, toujours plus profond, toujours plus honteux.

Le voile qui cachait notre aptitude au sordide, à l’inouï, à la négation de nos valeurs, s’est subitement déchiré (ou est devenu trop petit !).

Nous ne sommes pas totalement rassurés. Nous mettons encore beaucoup d’argent et de matière grise dans la sophistication des armements. Qui sont mis sur le marché, où ils trouvent des clients.

Nous sommes pragmatiques et prudents : pour faire la paix, il faut être (au moins) deux. De temps en temps on se demande si, avec tel pays, ou avec tel autre, une action préventive ne serait pas indiquée !

Et nos relations de tous les jours ? Sont elles aussi pacifiques que l’absence de bruit et de morts le fait penser ? Les petits ruisseaux de nos haines ordinaires sont-ils secs avant d’atteindre les grands fleuves ? Le langage guerrier a encore cours dans notre quotidien.

2/ Freddy Chiche

La découverte et la fabrication d'armes a toujours été vécue comme une nécessité pour accroitre les possibilités de défense face à la menace animale ou humaine. Les armes blanches longtemps les seules disponibles pour le combat rapproché ont révélé des maîtres, mais très vite sont apparues les armes permettant de tuer à distance, comme les flèches, ancêtres des projectiles. La découverte de la poudre et des armes à feu a radicalement modifié le rapport de force entre ceux qui pouvaient tuer à distance, en appuyant simplement sur une gâchette, et les malheureux qui s'en remettaient encore aux flèches. La conquête du continent américain en est la plus violente illustration. Finies les heures d'entraînement nécessaires pour acquérir la maîtrise des armes blanches; l'être le plus fruste pouvant avec un simple révolver donner la mort avec un doigt. Régulièrement aux USA, un jeune homme tourmenté, ou franchement déséquilibré, envahit la scène médiatique en massacrant plusieurs personnes qu'il ne connaît pas, en se suicidant parfois à la suite du carnage. La loi (le 2e amendement de la Constitution) est de nouveau remise en question, mais aussi l'éducation télévisuelle qui banalise l'image de la violence et, en parallèle, le vedettariat qui obsède tant d'êtres en mal de reconnaissance. La mise à disposition de tout le monde d'armes à feu élargit-elle le risque d'abus? Certains le contestent: les interdits n'ont jamais empêché les tueurs de s'en servir. Plus grave est la découverte d'armes de destruction massive. Ici ce sont des Etats, parfois un simple groupe d'individus, qui sont capables par la même pulsion du besoin de dominer, de terroriser ou tout simplement pour s'affirmer, de donner la mort à l'aveugle à des centaines parfois des milliers de vies. Chaque découverte d'armes de destruction massive est protégée de sa propagation. Vaine précaution, le temps émousse la vigilance et l'on s'aperçoit un jour que toutes les consciences ne se rythment pas sur le même credo. La religion, pourtant propagée pour baliser la violence, laisse parfois filtrer des interprétations justifiant les massacres les plus atroces. Elle n'est pas seule, les valeurs suscitant la violence trouvent des théoriciens capables de la justifier. Le racisme reste une forme de religion en creux, avec ses adeptes, ses gourous, ses tueurs et ses martyrs.
Les manipulations génétiques ont commencé. On touche ici à la racine de la création de la vie. Après les guerres de feu, les guerres chimiques, bactériennes, l'avènement n'est pas loin des guerres génétiques. Certains sont aujourd'hui capables de modifier le génome des bactéries. Il n'est pas impossible que ces dernières, la forme la plus réduite de vie, prennent leur revanche sur l'intelligence humaine.  La guerre n'est pas finie.