Le fantasme est il le propre de l’homme ? Par ses fonctions d’anticipation et de préparation mentale des actes, il est proche des manifestations observables du comportement intentionnel de beaucoup d’espèces animales.

Mais la part spécifiquement humaine de ce travail de l’imaginaire , la construction d’histoires, agréables, avantageuses, sans contradictions ni aléas, ou au contraire tristes, persécutives, vengeresses, est bien  à nous. Nous en sommes d’autant plus sûrs que le contraire ne nous plairait pas.

Le fantasme est une activité intime, auto-centrée. Le moi est l’auteur du scénario  et le metteur en scène. Mais il choisit un partenaire, très habituellement un autre humain, dont il connaît l’essentiel suffisamment pour ne pas le confondre avec lui-même. Cet autre est « son » objet. D’amour, le plus souvent. De haine, quelquefois. Les sentiments réels éprouvés pour cet « autre »connu sont évidemment déterminants. Alors que dans le rêve, où le moi se projette dans les personnages qu’il y introduit, les sentiments peuvent être inversés.

Au contraire du rêve encore, le fantasme permet la construction d’une histoire cohérente, qui aboutit à la conclusion recherchée. Elle ne nécessite, par elle même, aucune interprétation. Sa structure est simple, limpide,. Elle ne change pas en fonction des variantes que l’auteur peut apporter en fonction des observations qu’il fait de l’autre réel.

La faiblesse du fantasme, c’est sa fragilité à l’occasion de sa mise en actes. Il n’y résiste pas, la plupart du temps. Aussi, beaucoup d’auteur(e)s, ne s’y risquent pas. Ils (ou elles) finissent par ranger l’histoire dans un coin de leur mémoire, et passer à une autre, la même. Avec un autre objet.

Nos contemporains fantasment-ils plus que leurs ancêtres ? La société est-elle plus permissive ?  Pas de manière intentionnelle. Ce n’est écrit nulle part. Mais son état, la diminution du temps de travail, la disparition des risques et des exigences vitaux, la place faite à l’information, à la fantaisie, la prévalence des droits sur les devoirs, mettent à la disposition des citoyens le temps et la matière à fantasmer.

Le mot ,« fantasme », est parfois utilisé pour nommer des phénomènes collectifs : rumeurs, peurs collectives et irraisonnées. Les sujets qui partagent ces « fantasmes » n’en sont pas les auteurs, mais les récepteurs.

On ne peut rien sur le sort des mots.   

Yves Leclercq (psychanalyste)