L’on prétend que les hommes ne sont pas plus faux qu’ils n’étaient jadis ; cependant, on pouvait, il y a un demi-siècle, se procurer à peu de frais des étoffes de bon teint et des comestibles naturels ; aujourd’hui l’altération, la fourberie sont partout. Le cultivateur est devenu aussi fraudeur que l’était jadis le marchand. Laitages, huiles, vins, eaux-de-vie, sucre, café, farines, tout est falsifié impudemment. La multitude pauvre ne peut plus se procurer de comestibles naturels ; on ne lui vend plus que des poisons lents, tant l’esprit de commerce a fait progrès jusque dans les moindres villages.

Charles Fourier  1829 

PS- Peut-il y avoir un rapport entre l’opéra bouffe et la malbouffe ? Dans le premier cas, l’adjectif signifie joyeux, et finit par s’opposer à sérieux.

   Dans le second, il désigne une façon de manger contraire aux bons usages.

   Le second terme est de création récente.

  Comme on ne meurt plus guère de faim dans nos sociétés modernes, la critique radicale de ces sociétés s’est réorientée depuis des années sur le thème de la malbouffe. Elle a dû abandonner le terrain de la quantité pour celui de la qualité.

  Elle dénonce toujours la recherche du profit qui est tenue pour l’une des racines du mal produire et du mal consommer. L’autre racine du mal serait le productivisme aveugle qui sert de moteur à la recherche du profit. Du fait de ces deux causes, ce que nous consommons sur le plan alimentaire serait de plus en plus dénaturé et malsain. Haro donc sur les Mac Do et autres fauteurs d’obésité.

  Il va de soi que la nutrition a besoin de règles et que, quand celles-ci ne sont pas respectées, les effets en sont catastrophiques. Comme tout changement, le changement dans ce domaine produit des effets pervers qu’il faut combattre.

  Il paraît d’ailleurs qu’en matière alimentaire il y a des contrôles très stricts, comme il n’y en eu jamais au monde.

  Il paraît aussi que nous vivons beaucoup plus vieux que jadis et même que naguère.

  Le thème de la malbouffe relève-t-il des formes récentes de l’agriculture et de l’industrie alimentaire ou d’une phobie anti-moderniste, et réactionnaire, aussi vieille que le progrès lui-même?

André Sénik