Nous ne devons pas être aveugles à la réalité de la mutation démographique que connaît notre pays:

1- parce que nous ne devons être aveugles à aucune réalité.

2- parce que cet aveuglement ne peut que nous empêcher de comprendre un certain nombre de problèmes actuels. Par exemple, il n'est guère possible de comprendre l'Ecole actuelle si on ne prend pas en compte cette dimension démographique: comment mettre en doute qu'une Ecole, qui doit s'adresser à des enfants venus d'horizons et de langues multiples, soit confrontée à des problèmes partiellement nouveaux (problèmes nullement insolubles puisque la troisième République est parvenue à en surmonter d'analogues)? Et pourtant, quand on entend la plupart des commentateurs, c'est comme si cette dimension nouvelle n'existait pas. On évoque certes la démocratisation ou la massification de l'Ecole; mais massification et diversification démographique sont deux choses différentes!

3- parce qu'enfin cet aveuglement est gros de faux procès. Ainsi il est souvent question d'une crise de l'autorité qui aurait sa source dans les idées de mai 68. Ce procès est bien injuste. Je ne vois pas que les principes éducatifs de 68 aient produit des jeunes gens et des jeunes femmes particulièrement rebelles et violents. Je ne le vois ni chez moi, ni autour de moi, ni chez la grande majorité de mes élèves. Mai 68, à la vérité, ne fut la fin ni de l'éducation ni de l'autorité, mais l'avènement (heureux) de nouveaux principes éducatifs, permettant à un  nouveau type d'autorité (non-violente) de se déployer notamment à l'Ecole.

Il reste que cette autorité non-violente  ne peut se déployer avec efficacité que dans la mesure où elle été préparée, dans les familles, par une éducation imprégnée de cet esprit nouveau. Là où ce n'est pas le cas comment cette nouvelle forme d'autorité ne serait-elle pas en crise?