Le problème du droit à l’adoption pour les couples homosexuels sera sans doute de nouveau soulevé dans les mois à venir. Constatant l’accord aujourd’hui réalisé pour considérer que ce problème doit être abordé en priorité à partir des droits de l’enfant, je voudrais porter au débat deux remarques et une suggestion :

  1. on oublie, me semble-t-il, trop souvent que les enfants concernés par cette question ne sont pas, pour la majorité d’entre eux, n’importe quels enfants, mais des enfants d’ores et déjà gravement fragilisés par la vie, puisqu’ils sont ( à la suite d’un abandon ou du décès de leurs parents) adoptables. Il devrait en résulter que, par compensation, tout soit mis en œuvre pour leur permettre de bénéficier, à la faveur de leur adoption, de la vie la plus  conventionnelle  possible.

  2. S’il est vrai que l’on cherche réellement à évaluer les risques à terme, en particulier les risques psychologiques, que seraient susceptibles de courir les enfants élevés dans une famille homoparentale (risques auxquels d’ailleurs je ne crois pas beaucoup), on pense en revanche beaucoup moins aux difficultés voire aux souffrances immédiates auxquelles on va les exposer dans leur quotidien, notamment pendant les années de leur scolarité (et qui peuvent être redoublées par celles d’ une mésentente toujours possible de leurs parents adoptifs , puisque ceux-ci ne sont pas plus que les autres à l’abri de la rupture sentimentale). Difficultés immédiates au quotidien faciles à imaginer dès lors qu’on se souvient du conformisme propre à l’enfance. Difficultés exprimées par les enfants eux-mêmes lorsque, par exemple, ils expliquent leur gêne profonde à inviter des camarades chez eux ou à être attendus à la sortie de l’école par leurs deux mamans ou leurs deux papas. Difficultés qui s’estomperont peut-être avec la banalisation de l’homosexualité, mais, peut-être pas, et qui, en attendant, n’en seront ni moins réelles ni moins vives.

Deux raisons (parmi d’autres) qui, me semble-t-il, nous interdisent de considérer que le débat est clos, même pour des esprits " éclairés " et surtout pour ceux qui se réclament du principe de précaution.

Une suggestion : pourquoi ne pas envisager, plutôt qu’une adoption parentale, une adoption par des parrains ou des marraines, ou encore par des oncles ou des tantes, une adoption " avonculaire " en quelque sorte (on sait la place centrale occupée par l’oncle dans beaucoup de sociétés traditionnelles) ?. Des enfants d’âge scolaire seraient sans doute mieux à même d’affronter une telle situation, de l’intégrer dans un discours et donc intellectuellement et psychologiquement, de l’assumer socialement , que le fait d’avoir deux mères ou deux pères. Cette solution soulèverait sans doute des problèmes juridiques, mais ceux-ci ne sont jamais insolubles.