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vive les sociétés modernes - abécédaire
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8 mai 2015

Z comme Zoologie (ou de la conception moderne des animaux et de l'animalité)

 

La zoologie est la science qui étudie et définit les animaux. Dans les limites de ce court article, nous voudrions centrer notre propos sur une partie de son objet : la conception moderne des animaux et de l’animalité, avec les conséquences sociales et morales qui en découlent.

 

L’animal selon la science *.

 

La conception populaire fait des animaux des êtres vivants « animés », ce qui correspond bien  aux relations que l’homme peut entretenir avec les animaux qu’il rencontre dans son environnement.  L’observation scientifique avait permis d’étendre cette conception à d’autres êtres vivants, ne comportant qu’une seule cellule. Ces êtres « unicellulaires », appelés « protozoaires », sont considérés comme à l’origine de l’évolution des animaux pluricellulaires, appelés « métazoaires », et ils ont donc été longtemps classés parmi les animaux. Mais cette classification tend à changer. Les scientifiques se sont aperçus que les animaux unicellulaires étaient très proches des plantes unicellulaires, avec lesquelles ils devaient former un groupe homogène. De nos jours, selon certains zoologistes, les animaux doivent être principalement compris comme les métazoaires pluricellulaires, ce qui rejoint finalement la conception populaire.

 

L’une des caractéristiques de la plupart des animaux (à quelques exceptions près comme les éponges), c’est de posséder une sensibilité nerveuse, qui leur permet d’éviter les éléments de leur environnement qui menacent leur intégrité physique. Lorsque cette sensibilité est liée à des émotions, on parle alors de « douleur » ; lorsqu’elle est liée à une conscience, on parle  de « souffrance ». Dans l’état actuel des connaissances, au moins deux groupes d’animaux sont capables de douleur et de souffrance : les vertébrés et les invertébrés que sont les mollusques céphalopodes, comme la pieuvre. Le doute persiste pour d’autres animaux invertébrés. Enfin certains animaux évolués, comme, ici encore,  les vertébrés et les mollusques céphalopodes, possèdent des capacités d’intelligence remarquables, que la science du comportement animal, l’« éthologie », a récemment mises en évidence. D’où l’existence d’une proximité intellectuelle de ces animaux avec l’espèce humaine **.

 

Des conséquences sociales et morales

 

Anatomie pluricellulaire, sensibilité à la douleur, intelligence remarquable… : la science moderne montre qu’il n’existe pas de coupure franche entre l’homme et les (autres) animaux. La théorie de l’évolution confirme d’ailleurs que les animaux sont les ancêtres et les cousins des êtres humains. L’homme est un proche parent des chimpanzés, avec qui il partage  98 % de ses gènes et beaucoup de ses comportements. Certes l’homme possède un puissant cerveau qui lui donne des aptitudes particulières, intellectuelles et langagières, notamment celle d’élaborer des morales discursives. Mais alors, dans le cadre même de ce souci moral, les parentés zoologiques ci-dessus amènent à des questions sociales et morales concernant la place que l’homme doit attribuer à ses cousins animaux et la manière dont il doit les traiter***.

 

Cette question du respect de l’animal s’avère d’une extrême actualité. Elle recouvre à la fois des préoccupations, dites « écologiques »,  visant à la préservation des populations animales et des espèces, et des préoccupations visant à respecter l’animal individuel en tant qu’être sensible. De nombreuses controverses existent entre ceux qui pensent que l’homme doit avoir sur l’animal tous les droits, ceux qui pensent qu’on doit protéger les animaux contre la douleur, mais sans pour autant supprimer leur utilisation  par l’homme, et enfin ceux qui refusent toute exploitation de l’animal. Ces derniers ne consomment pas de médicaments et sont, sur le plan alimentaire, végétariens, voire souvent « végétaliens » (c’est-à-dire qu’ils excluent de leur régime tout produit d’origine animale, y compris les oeufs, les produits laitiers et le miel).  D’innombrables variantes existent entre ces trois positions de fond****, qui s’affrontent sur les manières de considérer ou de réformer le traitement des animaux de compagnie, les jeux cruels comme la chasse d’agrément ou la corrida, l’élevage d’animaux pour la viande et la fourrure et leur abattage, ou l’expérimentation bio-médicale sur des animaux vivants. Face aux nombreuses controverses, la Déclaration Universelle des Droits de l’Animal, dans sa version révisée de 1989, cherche à donner une réponse acceptable par la majorité de ceux qui se soucient de la sensibilité animale, même si, de ce fait même, certains la trouvent trop timide, d’autres trop ambitieuse.

 

 

Georges Chapouthier

Biologiste et philosophe

Directeur de Recherches Emérite au CNRS

 

Références bibliographiques :

* Chapouthier G, Qu’est-ce que l’animal ?, Collection “Les petites pommes du savoir”, Editions le Pommier, Paris, 2004

** Chapouthier G et Tristani-Potteaux F, Le chercheur et la souris, CNRS Editions, Paris, 2013

*** Goffy JY, Qu'est-ce que l'animalité?, Editions Vrin, Paris, 2004

**** Jeangène Vilmer JB,  Ethique animale. Presses Universitaires de France: Paris, 2008

 

 

 

 

 

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Commentaires
Y
L'émotion est un réflexe, comme le mot le suggère , "qui fait bouger"....pour fuir un danger, en l'occurrence. Le niveau de complexité est supérieur à l'arc réflexe de base, stimulus-réponse.<br /> <br /> L'arbre de l'évolution du règne animal a un tronc commun, dont les branches se détachent. Chaque embranchement relie des espèces qui vont en se compliquant, tout en possédant les organes présents à l'origine de l'embranchement, et leur mode de fonctionnement.<br /> <br /> L'observation ordinaire des mouches, la difficulté de les atteindre (les yeux à facettes détectent la moindre mouvement), nous obligent à leur reconnaitre un avantage sur nous.
P
Entendu ce matin à France Culture:<br /> <br /> <br /> <br /> "Les mouches ont-elles des émotions ? Une équipe de chercheurs vient de montrer que face à certains stimuli, les réactions des mouches ne peuvent pas s'expliquer par le simple réflexe, mais qu'elles seraient sensibles à une émotion assimilable à de la peur (...)<br /> <br /> Une équipe de l'Université de Pasadena a défini une grille d'émotions primitives, permettant d'évaluer la réponse des mouches à certains stimuli. Cette grille se décline en trois points : la persistance, c'est-à-dire le fait qu'une émotion puisse durer dans le temps, même une fois le stimulus passé. L'évolutivité, c'est-à-dire le fait que la réponse émotive soit graduelle, plus ou moins forte, en fonction de l'échelle du danger. Et enfin la généralisation, soit le fait que la même réponse émotionnelle puisse survenir dans différents contextes ou situations.<br /> <br /> En examinant des mouches dans une boite, et en utilisant pour stimulus une ombre de la forme d'un prédateur qui survolait, à intervalles plus ou moins réguliers cette boite, les chercheurs se sont rendus compte que la réaction des mouches ne pouvait pas être expliquée par des simples facteurs de réflexes. Mais, qu'à différents niveaux, on pouvait retrouver dans leur comportement chacun des trois aspects de la grille des émotions primitives : persistance, évolutivité et généralisation.."
Y
Nul doute que vous ayez bien lu, que les auteurs consultés aient bien rapporté ce qu'ils ont vu. La réalité de l'homme ne coïncide jamais avec ce qu'on attend de lui, ou avec ce qu'il prétend être.
P
L'Inde passe souvent pour le paradis des animaux et du végétarisme. Les choses ne semblent pourtant pas si simples:<br /> <br /> . sur le sort des animaux en Inde, Florence Burgat a enquêté et en a rendu compte dans son livre: "Ahimsa, violence et non violence envers les animaux en Inde" (2014):<br /> <br /> songeons seulement aux seules vaches sacrées: "Quant aux vaches, leur simple vie, ou survie, dans les rues des villes, est pénible. Placé par Florence Burgat en exergue, un texte de Pasolini, extrait de L’odeur de l’Inde (1974), à propos des vaches sur la route, mêlées à la foule et aux véhicules, est toujours d’actualité : « Pauvres vaches maculées de boue, maigres à en devenir obscènes [...] masses noir et gris, de faim, d’égarement ». Pénible également leur vie dans les refuges : « Il faut être allé dans les refuges pour voir ces grands animaux accidentés, apprendre que, sans nourriture, ils font les poubelles, avalent indistinctement les déchets et du même coup des sacs en plastique et souvent des morceaux de verre. Leur ventre gonfle, et beaucoup meurent d’occlusions intestinales ». Enfin le transport sur de longues distances et dans de très mauvaises conditions des vaches, qui, en raison de leur statut de « sacrées », ne peuvent être abattues en Inde (sinon dans les pires conditions de clandestinité), mais le sont dans les abattoirs des deux États indiens communistes : le Kerala et l’Ouest du Bengale. Les conditions et méthodes d’abattage sans étourdissement préalable sont douloureuses et les animaux sont tués sous les yeux de leurs congénères. Or il faut savoir que l’Inde est devenue en 2012 le premier exportateur mondial de viande bovine..." (F.Armengaud)<br /> <br /> <br /> <br /> . sur le végétarisme: <br /> <br /> "La pureté est la vertu capitale de l'hindouisme. Dans l'absolu, cette pureté appliquée à l'alimentation végétarienne proscrit non seulement la viande y compris la volaille, mais aussi le poisson, les œufs (ces derniers pouvant contenir un embryon qui serait sacrifié), également certains légumes : les tubercules (carottes, pommes de terre, etc.) car en les arrachant on risque de priver de vie des vers et autres insectes, et encore les légumes couleur de sang comme la betterave et la tomate. <br /> <br /> Toutefois, il existe des exceptions de taille : Les BRAHMANES (caste des prêtes et des érudits) vivant au Cachemire mangent du poisson et de l'agneau, mais ni poulet ni œufs.<br /> <br /> La sous-caste (rappelons à cette occasion que les castes ont été supprimées) des SARAWATS vivant sur la côte sud là où les crustacés et poissons sont abondants, bon marché et délicieux, disent avoir une dispense permettant de les introduire dans leur nourriture......" (La cuisine de l'Inde")<br /> <br /> <br /> <br /> ou encore dans Courrier International (2010):<br /> <br /> "Au pays des végétariens, des Indiens fortunés se distinguent par un nouveau snobisme : devenir carnivore. Ils oublient les interdits religieux et se délectent de bœuf, de poulet et de porc...Dans cette nouvelle Inde carnassière, nous, modestes végétariens, sommes tombés en disgrâce. Nous avons été rayés de la carte. Nous sommes désormais ignorés par les rubriques gastronomiques des magazines haut de gamme. Les guides de restaurants mentionnent rarement la présence de plats végétariens sur la carte – sauf quand c’est indispensable..."<br /> <br /> <br /> <br /> Toutes ces observations devraient être bien sûr vérifiées. Si parmi les lecteurs...
P
Lu à l'occasion du billet sur Zoologie le dernier livre de Florence Burgat "La cause des animaux": elle y montre à quel point la vie des hommes modernes est indissociable de la mise à mort d'un nombre infini d'animaux: il ne s'agit pas simplement de ceux qu'on mange, mais aussi de ceux qu'on utilise (et martyrise*) pour obtenir des œufs ou des produits laitiers, pour la laine ou le cuir, pour la recherche médicale et scientifique ou encore pour tester les divers produits d'entretien.<br /> <br /> <br /> <br /> * "Pour ce qui concerne les œufs plusieurs aspects peuvent être envisagés: les conditions de vie des poules dans les batteries de cages, leurs mise à mort dès que la ponte se tarit et l'élimination des poussins mâles dès la naissance en raison de la sélection génétique qui les rend impropres à "une carrière de poulet de chair, etc..."<br /> <br /> <br /> <br /> Ni le végétarisme ni le végétalisme ne seraient donc suffisants!
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  • Cet abécédaire est élaboré progressivement. Les contributions proviennent d'horizons (professionnels, disciplinaires, philosophiques...) divers. Il voudrait être un témoignage sur notre époque.
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