Le mot xénophobie désigne l’hostilité aux « étrangers », du seul fait qu’ils ne sont pas comme nous. Cette répulsion est une forme agressive et pathologique du nationalisme, qui consiste à ressentir que l’autre, par son identité différente, constitue une contestation ou même une menace pour notre identité. Car cette hostilité repose moins sur un sentiment de supériorité, ou sur une menace réelle de la part des autres, que sur la crainte de voir « notre » identité mise en question par l’existence de la leur.

Poussant à l’extrême cette crise identitaire, la xénophobie nazie a conduit dans les temps modernes à commettre des « crimes contre l’humanité » : certains « autres » ont été exclus de l’humanité et exterminés en tant que virus menaçant le moi du peuple allemand.

La croyance en l’existence de races différentes- aussi discutable que soit cette classification -  relève plus du racialisme que du racisme tel que ce terme est entendu. Le racisme est en effet  entendu comme xénophobe en ce qu’il considère que toutes les autres races sont inférieures en humanité.

À l’opposé de la xénophobie, l’appartenance de tous les humains à la même espèce est déjà inscrite dans le principe du monothéisme, selon lequel Dieu fit l’homme à son image... Les sociétés modernes, en raison de leur héritage religieux, philosophique et culturel, se réclament de l’unité du genre humain, et particulièrement de la raison qui est universelle.

La xénophobie est donc implicitement réprouvée par la charte des nations civilisées (la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948) qui postule que tous les êtres humains sont égaux e

En réaction au nazisme, les morales des sociétés modernes, dites aussi « sociétés ouvertes », prônent souvent des valeurs xénophiles, telles l’hospitalité, la curiosité, l’intérêt pour les cultures différentes et égales, les échanges, les mélanges et finalement même le métissage.

Le film Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? est une illustration humoristique des réticences au métissage, réticences dépassées qui finissent par sauter devant les effets de la mondialisation et de l’immigration.

Si la xénophobie appartient indiscutablement aux mauvais sentiments, aux mauvaises passions, sans oublier qu’elle est ridicule, la xénophilie systématique de son côté relève des bons sentiments, ce qui n’est pas forcément un compliment. On n’est pas un salaud ou un raciste parce qu’on avoue ne pas apprécier certains traits de culture et de comportement chez certains « autres » que nous. Il n’y a pas de honte à penser et à dire que tout ce qui est différent n’est pas forcément estimable et aimable. Il n’est même pas honteux de préférer et de vouloir protéger sa culture, sa manière de vivre.

Finalement, « le rapport aux étrangers » est redevenu une question ouverte – et clivante - pour les peuples des sociétés modernes confrontés à l’immigration et à la mondialisation.

En Europe, des partis « identitaires » croissent en influence. « La préférence nationale » fait l’objet de débats de plus en plus intenses.

Si la haine de l’étranger est absolument contraire aux fondements des sociétés modernes, il serait faux, et contre-productif, de traiter de néo-nazis ou de racistes ceux qui ne pensent pas que c’est à eux de s’adapter aux autres.

Les sociétés modernes doivent impérativement être « ouvertes » aux autres, et s’enrichir des différences étrangères, dans la mesure où celles-ci sont positives et sont compatibles avec leur moi (ou leur soi)  ; elles ont le droit de chercher à préserver leur « moi identitaire» au long de ces échanges, comme le fait tout organisme vivant qui tend par nature à « persévérer dans son être » comme disait Spinoza.

À la différence de l’assimilation, l’intégration ne suppose pas l’effacement des différences. L’objectif de l’intégration (des autres à soi) est le meilleur rempart contre la xénophobie.

 

Ne traitons donc en ennemis ni les « étrangers » qui ne le méritent pas, ni ceux des « nôtres » qui veulent conserver leur mode de vie.

Philanthropie bien ordonnée commence par soi-même. 

 

André Senik

 

* texte écrit par A.Senik avant les attentats de ce début de 2015. Le blog continue d'autant que nous faisons nôtre le symbole des crayons brandis.