Lorsque Pierre Gautier m’a demandé d’écrire un billet sur ce sujet, j’ai eu un court moment d’hésitation. Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas phobique de cette réalité, mais pas davantage un expert. La finance n’est pas ma passion.

Je me suis informé grâce à Google. Je me suis rappelé le billet F comme Finance et Financiarisation, proposé par l’économiste Élie Cohen, il y a huit ans, et je l’ai relu. Ainsi que le premier commentaire….dont j’étais l’auteur.

Surprise, je comparais le système décrit par Élie Cohen aux murs porteurs d’un édifice. Ils existent, sans qu’il soit nécessaire de s’en soucier. Mais il faut imaginer qu’en cas de crise (on y était en plein en Janvier 2009), la fragilisation de ces murs puisse mettre en danger les occupants de l’édifice.

Or, Wall-Street est la métonymie pudique qui désigne le New-York Stock Exchange, la Bourse des Valeurs qui « donne le la » à toutes les autres ! Les hommes qui l’ont installé là avaient ils la préscience de son rôle d’armature de l’édifice capitaliste ? Sûrement non !

Avant de devenir Wall-Street, ( un mur défensif la bordait), la rue s’appelait Waal Straat, « Rue des Wallons », composante de la colonie néerlandaise  nommée Neue-Amsterdam. La tutelle des Pays-Bas fut remplacée, « manu militari », par celle du Roi d’Angleterre. Sans doute par erreur de traduction, la voie fut rebaptisée Wall-Street, Rue du Mur. Elle n’avait, à ce moment là, aucune spécialisation prémonitoire, aucun signe précurseur du destin qu’on connaît. Quant à Neue-Amsterdam, « elle » avait été renommée New-York

C’est au début du siècle suivant, le 19ème, que les jeunes Etats-Unis  furent touchés par la Révolution industrielle, et son corollaire, la réunion de capacités financières, le capitalisme. Dans cette rue nommée Wall Street se trouvait un grand platane, à l’ombre duquel se réunissaient des hommes, qui s’échangeaient les titres des premières sociétés par actions, consacrées aux banques et aux chemins de fer. Par l’accord de Buttonwood, ils unirent leurs activités et fondèrent le New York Stock Exchange. L’activité d’agent de change se professionnalisa, et un puissant cabinet, animé par Charles Dow et Eddie Jones créa une publication quotidienne, le Wall Street Journal, qui publiait les cotations, et un indice les résumant, le Dow-Jones.

Dans le monde dont nous faisons partie, de bon gré, ou non, nous sommes de toute évidence dépendants de ces mouvements incessants, à la hausse ou à la baisse, de ces valeurs, même si nous n’y participons pas. Ils reflètent l’humeur, la méfiance ou la confiance, voire l’enthousiasme, des « boursicoteurs ». Laquelle humeur est étroitement dépendante de l’activité et de la prospérité des entreprises cotées. Mais aussi de l’environnement économique ou politique. La bourse « monte au violon, baisse au canon ».

L’existence de cette activité humaine soulève des questions, suscite des passions, dont on retient les négatives. S’agit-il d’un fait de culture, spécifique de groupes humains identifiables, secondairement universalisé, ou d’un fait de nature ? La preuve d’échanges très précoces d’artefacts (outils, poteries, armes) fait pencher vers un fait de nature….humaine.

L’option pour un fait de culture, de valeur relative, est répandue, s’appuyant sur  la variété des « sciences » économiques, non réfutables, et périssables. Ce qui permet d’envisager son abandon, ou son éradication. L’histoire contemporaine atteste des tentatives, non convaincantes. L’observation de l’homme, de ses cultures, de ses religions, montre une diversification infinie autour d’un invariant, la fonction de la parole, la structure de la famille de base, de la possessivité, du territoire de chasse, puis du terrain cultivé. Des extinctions, certaines explicables, d’autres, non. Mais l’échec général des tentatives d’éradication.

 

Yves Leclercq