Je ferai grâce aux fidèles de l’abécédaire des sociétés modernes des bases scientifiques de la question, archi-connues. Mais je traiterai ce sujet dans la foulée de celui de Marcel Kuntz, qui expose l’irruption du relativisme en sciences. Les vaccinations en sont de plus en plus victimes. Pour les condamner, leurs contempteurs d’aujourd’hui vont jusqu’à actualiser les bévues de leurs débuts, quand la peur de la maladie était encore vive, et faisait préférer le risque vaccinal à celui de l’épidémie.*.

 

Pour nos lointains ancêtres, devenus assez nombreux pour être victimes d’épidémies, ces fléaux ne pouvaient être que des punitions collectives, infligées par les dieux mécontents. Il a résulté de ce sentiment de punition que les seules solutions étaient la fuite, ou un effort accru de satisfaire les divinités par des cérémonies ou des sacrifices.

 

Parfois, quand la maladie semblait liée à un lieu, comme l’est le paludisme, les hommes faisaient le lien, et attribuaient le fléau à l’air respiré. La solution collective, si elle était possible, était d’abandonner le lieu malsain.

 

Ce n’est qu’au 18ème siècle, qu’en Europe, les médecins, bénéficiant du développement des sciences, ont commencé à être plus attentifs aux détails des maladies qu’ils avaient à traiter, à prêter une signification aux différences d’évolution d’un sujet à l’autre. La découverte de Jenner fut le résultat de la confrontation des différences de la morbidité de la variole, entre les villes et la campagne . » »Pour ne pas voir sa femme abimée par la vérole, il faut épouser une laitière. », énonçait un dicton populaire. La parenté entre la variole et le cow-pox fut l’étape suivante et définitive. Qui permit, en l’espace de deux siècles, la diffusion mondiale de la méthode et l’éradication de la maladie. Le vaccin anti-variolique n’est plus obligatoire. Sa souche n’est conservée qu’en raison du risque de l’utilisation de la souche virulente comme arme bactériologique.

 

Après avoir longtemps vécu avec l’idée que les maladies étaient des punitions divines, collectives ou individuelles, l’humanité a pu les considérer comme des faits de nature, et les aborder selon une méthode spécifique de la cause établie.

 

Mais elle ne s’est pas arrêtée à cette vision qui écartait toute idée de faute, « a priori ».  L’alcoolisme, le tabagisme, les toxicomanies, la suralimentation, sont encore des fautes individuelles exposant à des pathologies. Il est toujours possible de leur trouver des excuses.

 

L’idée que toute maladie résulte d’une faute individuelle contre une hygiène de vie dont les normes s’enrichissent sans cesse, ou d’une faute collective sous la forme de nuisances à court, ou à long terme, de nos inventions de toutes sortes, progresse d’autant plus rapidement qu’elle réhabilite un sentiment qui a accompagné l’humanisation. On le retrouve dans les mythes.

 

Cette conviction a une conséquence logique : toute maladie résulte d’un artifice introduit dans l’environnement. En effet, il est facile de démontrer, grâce à la finesse des techniques d’analyse, qu’il n’y a sur terre ou sur mer, aucun lieu indemne de traces des diverses substances artificielles, d’utilisation non moins diverse.

 

L’impact latéral sur la pratique de la vaccination est dans la ligne de cette logique : prévenir une maladie par l’introduction d’une « substance artificielle », ou artificiellement obtenue, est une aberration. La solution n’est que dans le retour à la pureté antérieure de la nature. Ses méfaits n’encombrent plus les mémoires.

 

Quand ils ne sont pas, eux-mêmes, convertis à cette idée, les médecins, qui, souvent, n’ont pas l’expérience des maladies contre lesquelles ils sont pressés de vacciner, tellement elles sont devenues rares , n’ont pas beaucoup d’arguments à opposer aux familles ou aux sujets adultes exposés, qui refusent toute vaccination. Or une couverture à 50%, ou moins, n’est plus un obstacle contre une épidémie qui se déclencherait à partir d’un cas importé, ou d’une souche virale agressive.

 

Yves Leclercq, Médecin.

 

* Comment peut-on se couler dans une histoire d’un autre siècle, la ressentir comme les hommes qui l’ont vécue, alors qu’on en connaît la fin ?