Vote des femmes en France ; souvenons-nous d’Olympe de Gouges.

  En France les femmes sont devenues éligibles et ont obtenu le droit de vote, par ordonnance, le 21 avril 1944. Elles sont ainsi devenues citoyennes, à égalité avec les hommes, qui eux, avaient obtenu ce droit en 1848, sous la Seconde République, soit 96 ans avant, autant dire un siècle.

  Des personnes aux noms illustres se sont engagées pour plus de citoyenneté, plus d'égalité ou moins d'inégalités: des femmes souvent et aussi des hommes humanistes qui ont soutenu le combat de ces « suffragettes ».

 

  Parmi ces noms, il y a incontestablement Olympe de Gouges, une femme courageuse, pionnière et profondément humaniste, restée longtemps oubliée dans notre histoire nationale. Elle est le symbole des combats pour la citoyenneté des femmes et aussi pour leur droit à l'égalité avec les hommes dans tous les domaines.  Elle a publié la "Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne" en 1791, en réponse à la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" du 26 août 1789, qui devient préambule de Constitution du 3 septembre 1791. Son texte, longtemps oublié, est une référence pour la prise en compte de l'égalité femme-homme en termes de citoyenneté. "La loi doit être la même pour toutes les citoyennes et tous les citoyens" dit-elle. (1).

Olympe de Gouges est connue pour sa phrase : " La femme a droit de monter à l'échafaud et doit avoir le droit de monter à la tribune". Fouquier-Tinville et les juges du Tribunal révolutionnaire lui ont donné raison pour la première partie en novembre 1793, en la condamnant à la guillotine. Mais pour la seconde partie de la phrase, il faudra attendre le 21 avril 1944, soit un siècle et demi plus tard, pour que les femmes obtiennent des droits  de citoyennes à égalité avec les hommes.

 

  Son ambition humaniste toucha de nombreux autres domaines (3): abolition de l'esclavage;  égalité dans le mariage et  droit au  divorce;  droits des enfants qu'elle appelle "illégitimes"; éducation des filles; ouverture de maternités; distribution de terres en friches; lutte contre pauvreté et chômage; accueil des vieillards, des enfants abandonnés; impôts sur "le luxe effréné" ( autrement dit sur la fortune?) , impôts sur les revenus divers, ; liberté d'expression, indépendance vis à vis des religions; lutte contre  la peine de mort ("le sang, même des coupables, souille les révolutions" (2) dit-elle); lutte contre le pouvoir absolu non contrôlé par le peuple, avec demande de referendum auprès des citoyens et citoyennes.

  Elle fut « d’une modernité extravagante, victime de son sexe, victime de ses idées trop humanistes, trop révolutionnaires pour la Révolution elle-même » dit la journaliste Myriam Perfetti.

 

  Ses projets et ses écrits contre Robespierre provoquent son arrestation. En août 1793, elle est arrêtée et emprisonnée. Privée d'avocat, elle doit assumer seule sa défense. Ses juges la traitent de "virago", de "femme-homme", qui a voulu "politiquer" contre les "lois de la nature" (2). Le Procureur de Paris a dit: "rappelez-vous l'impudente Olympe de Gouges, qui, la première, institua des sociétés de femmes, et abandonna les soins du ménage pour se mêler de la République et dont la tête est tombée sous le fer vengeur des lois » (2). Le 3 novembre 1793, elle est guillotinée, place de la Révolution ( maintenant place de la Concorde). 

  Quelques jours après, le journal "Le moniteur" écrit: "Elle voulut être homme d'Etat, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe"(1).

  Elle militait pour la parité, avant l'invention du mot. Les femmes en responsabilité politique de ce début du 21 ème siècle ne sont-elles pas un peu les héritières de son combat courageux, et "révolutionnaire"?

  Et si Olympe de Gouges entrait un jour au Panthéon?

  Ne serait-ce pas simple justice et logique hommage, la reconnaissance de la justesse de son combat?

  Ce serait aussi "la Patrie, reconnaissante", non pas envers ses grands hommes, mais "envers ses grands personnages", et la visibilité  des femmes, la  moitié encore trop souvent invisible de l'humanité. 

 

 

Danièle Bouchoule, physicienne, membre de l' association Elles aussi

           

 

(1)Ces femmes qui ont réveillé la France de Jean-Louis Debré er Valérie Bochenek, Fayard

(2)Cette belle idée du courage de Ségolène Royal, Grasset

(3)Intervention de Françoise Durand à l’Université de l’Assemblée des Femmes, 2013