Tantôt assimilée à la sagesse par les Anciens, tantôt taxée" d'ennemie" par Don Diègue, de "naufrage"(1) par De Gaulle, "d'âge d'or" par les responsables d'agences de voyage ou de maisons de retraite…

Pour ma part, je la considère avant tout comme un âge de la vie qu'on a la chance d'avoir atteint..;

 

Je voudrais ici, apporter mon témoignage.

Agée de 83 ans, je considère que cette période de la vie, la dernière, l’ultime, n’est certes pas, la plus facile.

Se voir privé peu à peu de tout ce qui constituait votre vie et votre être: combativité, force, santé, pouvoir de séduction, capacités intellectuelles...Toutes ces ressources qui laissent peu à peu la place à l'inesthétique, à de multiples ennuis inéluctables, à une mémoire parfois défaillante, tout ceci n'est ni simple, ni évident à intégrer, accepter...Mais doit-on en rester là, à constater ses pertes, à regretter le bon vieux temps où l'on était à l'apogée de sa "modeste gloire"? Doit-on se contenter d'entériner les pertes, les "passifs", dans un bilan apparemment catastrophique, ou essayer d'y apporter des éléments qui viendront corriger la dissymétrie, et le rendre plus attrayant et plus méritoire? N'avons-nous pas sous les yeux les prouesses réalisées par des handicapé(e)s à des compétitions sportives de haut niveau, des enfants qui luttent contre des maladies graves et invalidantes, en essayant de conserver leur capacité à sourire face à l'adversité?

La vieillesse  est, avant tout, je crois, «  l’aboutissement d’une vie ». Les comportements, les acquisitions, les options, les investissements, en amont, resteront comme un patrimoine sûr qui pourra continuer à porter ses fruits…

Si, plutôt qu'à s'ancrer dans ses habitudes, à se figer dans ses acquis, on a veillé à s' adapter aux progrès technologiques (Internet, par exemple), à s'intéresser à ce qui, au départ, demande un effort, mais permet à l'esprit comme au corps de conserver une flexibilité, un intérêt…alors, le vieillissement ne sera plus ou sera moins vécu, comme un processus de dépossession, d'appauvrissement, d'une perte de confiance en soi, d'un éloignement du monde des Vivants qui se transforme constamment… ;si l’on essaie de conserver un certain sens de l’humour, alors on évitera peut-être, un repli narcissique accompagné d’une inévitable régression,  lorsque les multiples maux, déficiences, altérations de santé, apparaîtront et se feront plus prégnants.

Je n’irai pas jusqu’à faire l’éloge de la vieillesse; je voulais simplement mettre l’accent sur la contribution personnelle possible  pour la rendre moins stéréotypée, moins catastrophique, plus honorable.

Je pense que la vieillesse est une épreuve qui pourrait avoir un certain nombre de vertus:

Elle  devrait nous rendre plus humains, plus indulgents,  car nous savons à nos âges, que la vie en général, n’est ni simple, ni facile. Et, si nous avons la chance d’avoir autour de nous un environnement affectif sûr et sécurisant, souvent constitué par les enfants et petits-enfants, alors la vieillesse peut apparaître comme moins redoutable . A nous, d’ailleurs, de ne pas en abuser, de préserver à chacun, son espace de liberté, et d’avoir pour règle de vie, le respect de l’Autre, (et de Soi !)

Je vais utiliser une expression qui peut paraître paradoxale et peut-être même provocatrice : La vieillesse serait en quelque sorte, « un voyage initiatique », dans un monde nouveau où les données ne sont plus les mêmes que précédemment…Comment alors naviguer, se conduire, trouver sa voie, sa place, du sens ?...

Il me semble qu’ il y a  un certain nombre d’ "impératifs" , à observer : «  Ne pas sombrer dans un égocentrisme forcément régressif,  conserver son intérêt pour les Autres, sa capacité à s’émouvoir, à éprouver de la gratitude (état de "Grâce" qui nous permet de "reconnaître", d'apprécier ce qui nous est donné), ne pas céder à une paresse qui se retournerait inévitablement  contre soi, se constituer des centres d’intérêt …Ainsi, les moments de solitude seront-ils moins redoutés car ils nous permettront de nous retrouver en paix avec nous-mêmes.

Une gageure impossible ? Peut-être pas !...

A une phrase que j’avais lue dans mon manuel de Morale, en classe de philosophie, « On t’a donné une vie, qu’en as-tu fait ? », et qui m’a hantée toute ma vie, je pourrai honnêtement répondre, je crois : « J’ai essayé !... »

 

Janine Adad

 

 

(1)   Un naufrage implique une cause externe (vague scélérate, récif, iceberg, avaries de moteur... La vieillesse n'est pas un phénomène exogène, mais un processus endogène, lent , qui s'infiltre en nous, dès notre jeunesse (ne dit-on pas que notre cerveau commence à vieillir dès l'âge de 20ans ? )

Son apparition n'est ni soudaine, ni violente…Il s'agit d'un processus lent, inéluctable, implacable, universel, commun à toutes les espèces…