Le mot, et la réalité qu’il représente, ont à peine quelques dizaines d’années, et sont restés cachés dans le jargon de quelques spécialistes, interrogés comme experts en demandes étranges*. L’irruption récente, sans histoire, de l’idée et de la demande conséquente adressée à la société permet d’affirmer qu’elles ne s’enracinent pas dans une nature particulière de l’être humain, mais dans le bouleversement du rapport entre l’individu et la société qui l’environne. Le sujet a des droits sur elle, et « elle » a des devoirs envers le sujet.

 

Le transsexualisme, qu’il ne faut pas confondre avec le travestisme, repéré par l’histoire, et le phénomène, par contre, récent, de la la féminisation grâce aux hormones, du corps masculin, pour le rendre plus apte à la prostitution, est la conviction absolue que le sexe déterminé par la conception et l’embryogenèse n’est pas le bon, et qu’une rectification du corps, et de l’état-civil, sont le droit du sujet, et du devoir de la société de l’accepter. Peu à peu, le droit au changement de sexe, à la rectification de l’état-civil se sont imposés. Auparavant des chirurgiens ont accepté ces demandes pressantes de ces « patients ». L’intervention chirurgicale, « rectificative », est même devenue, en France, le préalable à l’intervention de la justice. Son irréversibilité ajoute son poids propre.

 

Très rapidement les médecins interrogés ont renoncé à voir dans le phénomène étrange une pathologie mentale apparaissant « ex nihilo ». La conviction n’est pas délirante, mais l’affirmation d’une liberté de choix, d’un droit à disposer de son corps érogène.

 

Les sociétés modernes se caractérisant toutes par l’acceptation des demandes individuelles, auxquelles aucune raison indiscutable ne peut être opposée, la palette de ces demandes ne peut que s’enrichir. J’ai pu remarquer en explorant l’évolution des faits de société, la proportion importante du retournement en droits nouveaux, de ce qui constituait auparavant des devoirs…sagement acceptés.

 

Yves Leclercq, Psychiatre, Psychanalyste.

 

* Le mot n’est pas encore présent dans l’édition du Dictionnaire Historique de la Langue Française, (Robert), datée de 1993. La demande, encore confidentielle, et rarement satisfaite, questionnait déjà les psychiatres. Il me semble que la perplexité des psychanalystes les maintenait sur la réserve. Cette « névrose individuelle » ne trouvait pas sa place dans les catégories reconnues de l’hystérie, de la phobie, et des obsessions. Elle n’était pas analysable parce qu’aucune demande d’analyse n’était formulée par les sujets de ces contestations.