Définitions

L’ADN est le support chimique du patrimoine génétique (génome). Pour rester simple, un gène se définit comme un segment d’ADN qui, dans la plupart des cas, dicte à la cellule vivante comment fabriquer une protéine. Les protéines sont souvent, mais pas exclusivement, des enzymes, c’est-à-dire des catalyseurs (facilitateurs) des réactions de la chimie du vivant.

Le terme « transgénèse » désigne des techniques de laboratoire qui permettent d’insérer (une greffe d’ADN, en quelque sorte) un gène dans une cellule vivante d’un microorganisme, d’une plante ou d’un animal. Si l’opération réussit, dans le cas de la transgénèse végétale, la plante entière régénérée à partir de la cellule transformée pourra, par exemple, synthétiser une protéine nouvelle. Dans les cas simples, comme chez les plantes transgéniques commercialisées de première génération, le gène transféré (transgène) apporte ainsi un nouveau caractère observable : une résistance à un insecte ravageur ou la tolérance à un herbicide.

Le transfert d’un caractère génétique d’une espèce à une autre est possible parce que le code génétique (le mécanisme de décodage de l’ADN en protéine) est universel « de la bactérie à l’éléphant » alors que le patrimoine génétique diffère entre espèces et même entre individus d’une espèce. Néanmoins, un gène de bactérie ne fonctionnera pas tel quel dans des cellules d’éléphant si on ne lui adjoint pas les éléments de “ponctuation“ adéquats.

Le vocable scientifique « transgénique » se traduit dans la législation européenne du terme plus flou  d’« organisme génétiquement modifié » (OGM).

 

La transgénèse : deux points de vue principaux

Il est possible de distinguer deux grandes argumentations sur la transgénèse.

A l’objection que la transgénèse rompt la barrière des espèces, d’autres répondent que la notion d’espèces chez les plantes doit être nuancée (les frontières entre espèces peuvent être floues). Ils notent que l’hybridation interspécifique a été largement pratiquée pour l’amélioration des plantes (il est vrai par croisement entre espèces différentes mais sexuellement compatibles), que l’éloignement d’une espèce n’est pas synonyme de danger (il existe des bactéries utiles et d’autres pathogènes). De plus, les cellules végétales contiennent des organites (les chloroplastes), siège de l’indispensable photosynthèse, qui se trouvent être les restes d’une bactérie qui a colonisé une cellule pré-végétale, il y a environ 1 milliard d’années. Une plante est donc une plante (c‘est-à-dire capable de capter l’énergie solaire et d’assimiler le gaz carbonique) grâce à la captation de gènes “étrangers“. Les valeurs de pureté génétique et d’identité s’opposent ainsi à celle de la diversité.

La vision critique insistera sur le fait que le transfert d’un gène peut être assimilé à une intrusion et s’accompagner de perturbations aux niveaux des génomes. La vision opposée, mettra en avant la « fluidité » inhérente à ces derniers. Celle-ci inclut des transferts naturels de gènes entre espèces éloignées (rares chez les plantes), le déplacement fréquent le long d’un génome de gènes « sauteurs » (ou transposons) et l’insertion constante de copies des gènes présents dans les chloroplastes (donc d’anciens gènes bactériens) dans le génome du noyau des cellules de plantes. Autrement dit, le génome des plantes subit constamment des insertions multiples naturelles.

La première vision insiste sur les conséquences d’un transfert de gène, considérées comme imprévisibles et irréversibles, vision catastrophiste qui se nourrit de « l’heuristique de la peur » théorisée par le philosophe Hans Jonas, et qui rejoint les mythes fondateurs de l’écologisme. Cette vision du monde prend aujourd’hui le pas sur celle, optimiste, qui met en avant la notion de progrès (y compris des connaissances, pour résoudre les problèmes ; le « mythe rationnel de l’occident »), qui considère que les risques sont maîtrisables et que l’on ne peut arrêter le cours de l’évolution normale des sociétés humaines.

 

Marcel Kuntz (CNRS Grenoble)