Dans les sociétés modernes, le travail est un, sinon même le, critère essentiel de la reconnaissance sociale. Il remplace dans cette fonction le sang, la force, le sexe, l’âge et autres facteurs. C’est en effet par son travail que chaque individu est censé contribuer au bien des autres, et mériter leur reconnaissance.

C’est ainsi que l’entrée des femmes sur le marché du travail a habitué la société à les évaluer de plus en plus sur leurs apports et de moins en moins sur des préjugés sexistes. Je précise que ce n’est pas le travail en soi qui a permis de changer l’image traditionnelle de la femme, mais le marché du travail où les femmes entrent en concurrence avec les hommes sur la base de ce qu’ils y apportent objectivement.

Cette fonction symbolique du travail explique l’importance de la question sociale, qui se pose classiquement à deux niveaux.

- Le travail ( et d’abord celui des non-propriétaires) est-il « justement » rémunéré ?

- Le travail des uns et des autres est-il source de reconnaissance, d’abord sur son lieu de production et ensuite au-dehors ?

La réponse à la première question ( celle de la juste rétribution) supposerait une longue discussion sur l’idée même de juste rémunération, étant admis sans discussion qu’est injuste toute discrimination due à des facteurs extérieurs au travail, ce que résume la formule « À travail égal salaire égal. »

La réponse à la seconde question (le travail est-il source de reconnaissance ?) se joue sur au moins deux plans.

À l’intérieur de l’entreprise, le sentiment des « travailleurs » d’être reconnus est-il utile à l’entreprise elle-même, à sa réussite ? Si c’est le cas, on peut être optimiste à terme.

Dans la société, existe-t-il des formes publiques de reconnaissance autres que celles qui vont au travail ? Il y a quelques années, un courant philosophique annonçait la fin du travail, et de la valeur travail, et la valorisation sociale des autres formes d’activité. Ce point exigerait une longue discussion pour distinguer les activités qui méritent d’être classées dans la catégories travail (par exemple, les activités associées à une rémunération) et les activités qui n’en relèvent pas.

 

André Senik