L’aphorisme « le génétique permet, l’événement déclenche, la culture donne la forme », convient à la description de ce phénomène vital, dès qu’il s’agit de l’homme.

 Le premier élément, le génétique, détermine, habituellement sans erreur, le sexe anatomique et physiologique, et sa fonction de reproduction. Des anomalies anatomiques et fonctionnelles, résultent, par contre, de « points faibles » de l’organogenèse de l’appareil génital pendant la vie embryonnaire. Les anomalies sont toujours « par défaut » et non « par excès ». Ce qu’on englobe maintenant dans la « théorie du genre », le sentiment d’être homme ou femme, est, soit conforme à la désignation exprimée à l’enfant : « tu es fille », ou « tu es garçon », soit en opposition (« transsexualisme »), Cette option est une prise de position sur soi-même, « psychogène », indépendante de tout facteur anatomique ou hormonal. Les sociétés modernes l’acceptent avec toutes ses conséquences, comme une extension de la liberté individuelle.

 Le second, l’événement, dont l’expression est  le désir, est sous la dépendance du bon état fonctionnel des organes génitaux, mais aussi de l’histoire du sujet, de l’investissement de sa sexualité. D’où peut résulter un choix libre, pouvant être indépendant du destin anatomique et physiologique attendu.

 Intervient enfin la troisième, la culture, éminemment variable, dans l’espace, d’une société à une autre, et évolutive, dans le temps, caractéristique des sociétés modernes. La place de la sexualité dans la culture contemporaine est devenue considérable et sans tabou. Elle est affranchie de toutes les limites qu’imposaient les religions, les traditions, et parfois les lois qui s’en inspiraient. Elle a institué ses « experts » qui font autorité jusqu’auprès des législateurs.  Dans notre histoire récente, la sexualité est passée du statut de faiblesse honteuse, mais de devoir divin ou civique, à un droit  également partagé, constitutif de liberté au profit de tout individu, indifféremment du sexe.

La sexualité embrasse donc, pour un sujet, le sexe qu’il possède, et la manière dont il en use, avec l’accord implicite ou explicite de la société, et explicite du partenaire. Pour reprendre un terme juridique du commerce*, « il faut qu’il y ait entente sur la chose. »

Ce qui différencie la position culturelle actuelle, de la libération sexuelle qui a marqué nos sociétés dans les années 1960 (coïncidant avec l’apparition de la contraception), c’est l’exigence du consentement éclairé des deux parties. Ce qui exclut, sans discussion, les enfants de toutes les libertés attachées à la sexualité, et sanctionne tout abus de la faiblesse d’un partenaire. Sur ce point particulier, il n’est plus « interdit d’interdire ».

 

Yves Leclercq (Psychiatre, Psychanalyste)

 

*le mot « commerce » a souvent désigné la rencontre sexuelle.