Vivre en société est d’abord une nécessité pour l’individu humain.

La première caractéristique des sociétés modernes, celle dont dépendent toutes les autres est que les individus y sont reconnus libres de choisir le type de société dans lequel ils vivent.

La constitution (dans les deux sens du mot) des sociétés modernes dépend exclusivement de ceux qui s’en veulent membres. Telle est en tout cas la conclusion que Rousseau tire de l’École du droit naturel dans son Contrat social.

Une société moderne choisit les bases sur lesquelles on peut ou non en devenir membres, (et le rester ou non), ses valeurs, ses mœurs, ses lois.

Elle repose donc en principe sur un vouloir-vivre-ensemble dans des frontières.

Dans les faits, il en va différemment, ou plutôt, les faits sont ressentis différemment.

Sans même parler des démocraties qui n’ont pas de Constitution, toutes les sociétés concrètes sont des pays qui ne s’inventent pas ex nihilo le jour où leur Constitution est votée. Elles reposent sur une histoire, des traditions, sur une culture, un passé, et les gens qui décident d’y vivre le font d’abord parce que cette société est le pays de leurs ascendants et leur lieu de naissance, un pays qu’ils n’ont pas choisi au départ, et qu’il leur est difficile de quitter pour bien des raisons non politiques. Quant à ceux qui viennent d’autres sociétés, ils le font pour des motifs très variables et parfois sans rapport avec les fondements du vivre-ensemble.

Pour qu’une société démocratique soit viable, alors qu’elle est socialement composite, que ses membres ont des intérêts divergents, des croyances différentes, faut-il qu’ils se sentent solidaires, comme s’ils formaient une même famille (une communauté) dans laquelle chacun se doit aux autres et tous à chacun ?

On ne choisit pas sa famille et on peut se sentir solidaire de tous ses membres sans autre raison que les liens du sang et de l’alliance. Mais justement, une société n’est pas une famille naturelle.

Tout va à peu près bien tant que la solidarité repose sur l’interdépendance des intérêts et sur le sentiment d’être globalement des semblables (un ennemi extérieur et une coupe du monde rendent souvent ce service). Mais quand des segments de la société ne se sentent plus semblables à d’autres segments, la question se pose à chacun : que leur dois-je ? au nom de quoi ? jusqu’où ?

C’est l’objet du débat sur la solidarité dans les sociétés démocratiques modernes.

 

André Senik


PS: la notion de solidarité fera l'objet d'un article particulier prochainement (abécédaire des sociétés modernes)