Je transcris d’abord ce qu’on trouve sur Wikipédia à l’expression « résistance à l’oppression. »

J’’y ajoute un commentaire sur l’abus du mot résistance aujourd’hui en France.

 

Wikipédia

« La résistance à l'oppression est selon la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, un droit naturel, inaliénable et sacré de l'Homme.

Au terme de l'article 2 de la Déclaration de 1789: « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. »

Pourtant selon l'article 7 de la déclaration, « tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance ». La résistance n'est donc pas possible ici, car elle se traduit alors par une opposition à la loi, qui est définie comme l'expression de la volonté générale. S'opposer ou résister à la loi se traduit donc comme une opposition à ceux qui la font, aux représentants du peuple, donc au peuple.

Dans les déclarations suivantes, et notamment la déclaration « girondine » du 29 mai 1793, la possibilité de résistance à l'oppression est précisée. En son article 29, il est écrit que « dans tout gouvernement libre, les hommes doivent avoir un moyen légal de résister à l'oppression; et lorsque ce moyen est impuissant, l'insurrection est le plus saint des devoirs ». Cette possibilité de soulèvement est également prévue à l'article 35 de la déclaration du 24 juin 1793 : "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.".

D'après la lecture que l'on peut faire de ces différents textes, la résistance à l'oppression se traduit comme une opposition au gouvernement en place, qui dans ses actions ou inactions, aurait bafoué, violé, négligé les droits élémentaires et naturels du peuple, après que toutes les autres formes d'opposition légale aient été épuisées (pétition, manifestation,...). Cette notion a surtout servi à justifier tout d'abord l'opposition des conventionnels au roi puis la mise en place de nouveaux régimes, et on voit que les régimes les plus autoritaires (comme celui des Jacobins, le Premier Empire et le Second Empire) écartent cette possibilité d'insurrection. »

 

Mon commentaire.

Le droit - et même le devoir-  de résistance se fondent donc sur l’opposition possible entre la légalité des actes du pouvoir et leur illégitimité. 

Contre l’idée (défendue par Hobbes) que le pouvoir en place est légitime par définition et doit être obéi, ce qui s’entend aussi dans Saint Paul, (« il faut rendre à César ») on est en droit de résister à un pouvoir légal, c’est-à-dire de contester sa légitimité, de s’opposer à lui et de chercher à le renverser, pour trois raisons distinctes:

-   si ce pouvoir n’émane pas d’une source légitime (la volonté du peuple)

-   s’il ne respecte pas les droits de ceux dont il émane (en violant le contrat entre le peuple et lui)

-   s’il transgresse des droits supérieurs à la légalité.

C’est ce troisième cas qui rencontre le plus de difficultés.

Qui est habilité à définir ces droits supra-légaux ?  

Il n’est en effet pas question que chacun puisse se réclamer de sa conscience pour « résister » à la loi qui lui paraît injuste, quand bien même aucun des deux autres critères du droit à la résistance énoncés ci-dessus ne serait concerné.

Heureusement, la Déclaration des droits de l’homme réduit le fossé entre la conscience individuelle et le droit positif, en fixant les exigences fondamentales et universelles de la conscience morale dans le Droit.

D’autre part, on voit actuellement le mot Résistance fréquemment utilisé pour désigner la contestation du pouvoir en place, accusé de porter atteinte aux libertés.

Cet usage est abusif à deux titres, et la fonction d’un abécédaire est de dénoncer ces abus de langage.

D’abord, tant que le pouvoir ne prive pas les citoyens des moyens de s’exprimer, de le contester et de le remplacer au terme de son mandat, on peut dénoncer ses mesures, on ne peut pas le traiter en pouvoir liberticide et résister à ses actes légaux.

Ensuite, tant que les opposants au pouvoir en place ont toute latitude de s’exprimer sans risquer le moins du monde ni leur liberté ni leur vie, il est dérisoire de les proclamer résistants ou dissidents.

 

André Senik