Telle est la question posée par Barthélemy de Laffemas sous le règne d’Henry IV ?

La question du protectionnisme n’est pas nouvelle et les débats entre ses partisans, par exemple les mercantilistes, et les tenants du libre-échange n’ont jamais vraiment cessé.

Certes aujourd’hui les protectionnistes ne proposent plus des mesures aussi radicales mais le protectionnisme, sous des formes variées, retrouve des couleurs dans un contexte de délocalisation, de mondialisation, de forte concurrence internationale, de chômage et plus généralement de crise économique.

En simplifiant les protectionnistes pensent qu’il faut maîtriser le commerce international pour notamment sauvegarder l’économie nationale et les emplois. Les mesures peuvent être diverses : tarifaires ou non tarifaires. Pour les premières : augmentation des droits de douane ou dans sa version moderne la TVA sociale. Pour les secondes : édiction de normes techniques, sanitaires (fromages français aux USA), procédures administratives (dans les années 80 on se souvient de la fameuse « bataille de Poitiers » pour les magnétoscopes japonais) et bien d’autres barrières. On peut aussi agir sur la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres devises (dévaluation, action sur les taux d’intérêts, …) ou encore subventionner certains secteurs (le charbon, la construction navale, la sidérurgie, l’agriculture, ...). Les protectionnistes ne manquent pas d’imagination !

En leur sein on peut cependant distinguer plusieurs courants qui vont des partisans d’une totale autarcie (genre modèle de l’ancienne Albanie) à ceux d’un certain libre-échangisme. Il faut citer Friedrich List : « le protectionnisme est la voie, le libre-échange le but ». Pour lui et ses successeurs, le protectionnisme n’est pas une fin mais un moyen temporaire du développement d’un espace économique et politique ; il convient par exemple de protéger une industrie naissante pour lui permettre d’affronter la compétition internationale « à armes égales ».

En simplifiant une fois encore les « protectionnistes absolus » raisonnent dans une économie où les pertes des uns sont forcément exactement égales aux gains des autres. C’est le jeu à somme nulle des mathématiciens. Les « libres-échangistes absolus » sont dans une logique de jeu à somme positive où tous les joueurs sont gagnants (même si proportionnellement certains le sont plus que d’autres). Ils suivent la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo qui montre que tous les pays ont intérêt à développer leurs échanges.

Mais la théorie économique est une chose, la réalité géographique, démographique, politique, stratégique, culturelle, sociale et économique une autre.

Aujourd’hui, notamment à cause de l’émergence des BRIC et d’un certain basculement du monde, il faudra trouver le juste équilibre entre le nécessaire besoin de protection à court terme des citoyens (tant dans les pays développés que dans les pays en développement) et le formidable outil de croissance que constitue le commerce international.

C’est en principe le rôle de l’OMC.

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Frédérick VAN GAVER (économiste)

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