Les sociétés modernes croient au progrès, et le promettent, pour plusieurs raisons convergentes.

D’abord parce que les hommes y sont libres d’agir comme bon leur semble, sans devoir se conformer à un ordre transcendant, et ensuite parce qu’ils cherchent à l’aide de leur raison éclairée par l’expérience à vivre le mieux possible. Il est donc logique qu’ils s’emploient à rendre leur vie toujours meilleure à leur goût. C’est cela qu’on doit appeler le progrès. Les expériences négatives, parfois tragiques, finissent par être abandonnées.

Non seulement le progrès scientifique et technique est indiscutable, mais sur le plan politique aussi, au bout du compte, ce sont les démocraties respectueuses des droits de la personne humaine qui l’emportent quand les peuples ont la parole.

On ne peut parler du progrès, d’un progrès global, d’un mieux-vivre sur toute la ligne, que si les progrès matériels sont solidaires de progrès politique et de progrès dans les moeurs. 

Mais puisque l’affirmation d’un progrès procède d’un jugement de valeur, il faut forcément dire à partir de quelles valeurs on juge que le changement a abouti à du meilleur.

C’est ainsi qu’on peut décider qu’il y a eu dans l’histoire récente un progrès sur un des points les plus révélateurs : les femmes disposent-elles de plus de droits de nos jours ou avant l’avènement des sociétés modernes ?

Bien que ce soit par un jugement de valeur qu’on affirme qu’il y a eu, ou non, progrès dans nos sociétés, l’idée de progrès se heurte au relativisme culturel, selon lequel l’égalité des femmes en droits ne serait pas un progrès par rapport au statut des femmes sans droits, des femmes qui n’ont parfois pas même le droit de naître.

Pour le dire autrement : certes le progrès ne se mesure pas seulement à des données quantitatives éblouissantes (par exemple au fait que la durée de vie moyenne sur terre a augmenté de 21 ans en un demi-siècle). Certes s’il existe, le mieux-vivre qui mérite d’être appelé le progrès relève forcément d’un jugement subjectif.

Est fondé à nier le progrès apporté par les sociétés modernes celui qui estime que la situation du passé était préférable, et qu’il voudrait sérieusement vivre dans les conditions du passé.

Celui-là, et celui-là seul, peut sérieusement nier qu’il y ait eu progrès.

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André Sénik

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                                                                            "Et ils appellent ça le progrès?" (blog portugais Menos um Carro)