« Ob audire », entendre ce qui est dit. Entendre le son de la voix de l’autre. Entendre sa raison, et la faire sienne.

Désobéir, c’est avoir entendu, mais avoir refusé la raison de l’autre, au nom d’une autre raison plus forte, ou de « son » principe de plaisir.

Quel beau rêve que l’obéissance, certains jours, quand il s’agit de ses enfants, de ses élèves, de ses collaborateurs, de ses patients, des artisans dont on a besoin.

Quel cauchemar, un autre jour, quand il s’agit de soi, de trouver le compromis entre « sa » bonne raison, son « hobby »… et, son patron, la société et ses lois, le radar et ses exigences tatillonnes.

Le bon-vieux-temps, c’était celui de l’obéissance des enfants à leurs parents, des élèves à leurs maîtres, des employés à leurs employeurs, et des citoyens à la République.« Perinde ac cadaver »* !

C’est ce dernier constat qui a fait tiquer : nos parents et grands-parents nous ont semblé… par trop obéissants. Ils ont laissé remplir des cimetières des corps sacrifiés de leurs fils.

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Sans attendre longtemps après cette prise de conscience, l’Histoire est venue la bouleverser pour de bon: elle a mis sous le nez des hommes la question : » obéir ? Ou ne pas obéir ? Vous êtes assez grands pour choisir . Vous en répondrez ».  Elle a pris un peu de temps pour juger. Là, il fallait obéir, et là, non. La vertu pouvait être dans la désobéissance.

La vie de notre société en a été bouleversée. Aucun niveau d’autorité n’est plus absolu. Parents, enseignants, supérieurs, maires, fonctionnaires, dépositaires de l’autorité de la République, sont comptables de l’interprétation de leur mission, et de son exécution, non seulement devant la société comme entité, mais aussi devant les citoyens ordinaires, susceptibles de voir leur « bien », autrement.

Le « fait majoritaire », qui est le fondement de la démocratie, n’est plus, lui-même, ni absolu, ni sacré. Qu’il soit étroit, et il faut compter et recompter les voix, refaire le vote au moindre doute. Qu’il soit large, et c’est « l’entendement » des électeurs qui est mis en doute. À quoi ont-ils obéi ? À tort, ou à raison ? À tort ET à raison, en fait. Mais les jugements, résolument partiaux, se sont faits tranchants.

Existe-t-il encore des valeurs absolues, des « Vérités » absolues, dont le refus pourrait être considéré comme une aliénation, une séparation d’avec la société, une exclusion pathologique** ?

Qu’elles soient du domaine de la science, de la religion, de la politique, les vérités n’ont plus « bonne presse ». Elles rencontrent toutes leurs « antis », rapidement regroupés en « associations Loi de 1901 », qui en appellent à la justice.

Paradoxalement, on ne peut que constater l’adaptation des hommes à cette marche heurtée de la société. La vertu d’obéissance s’est nichée dans la résignation, le fatalisme, le sentiment d’impuissance, face à ce qu’on ne comprend pas***. Quant à la désobéissance, on la retrouve dans l’indifférence des hommes aux discours qui les menacent, les culpabilisent, leur promettent mille misères.

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La terre tourne et la vie continue.

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Yves Leclercq

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*»Il leur faudrait une bonne guerre » est un commentaire en voie de disparition. Sa relève sera de toute façon assurée, sous d’autres formes, revenant au même : le malheur. Pour sa vertu éducative (supposée).

** »Il faut être fou pour ne pas reconnaître le marxisme-léninisme comme vérité scientifique ». Telle fut la logique de l’usage de la psychiatrie contre les dissidents.

***Comme les pannes de nos belles machines, trains, avions, bateaux…Les quelques protestations qui explosent ça et là, ne relèvent pas de la désobéissance, car elles sont vaines.