Partie 2. OGM et sélection génétique:l'innovation controversée.

La sélection génétique

La transgénèse accroît le spectre de caractères disponibles pour l'amélioration génétique des plantes et des animaux : en effet le « code génétique » (conversion d’un gène en protéine) étant le même chez toutes les espèces, un gène de n’importe quelle espèce peut potentiellement être ‘lu’ (en protéine) chez une autre.

Des animaux transgéniques pouvant combattre certaines maladies ont été obtenus. A titre de preuve de concept, des souris résistantes à des virus pseudorabiques ont été générées. Des bovins résistants aux infections mammaires par le Staphylocoque doré, ou dépourvus de la protéine prion (responsable de la maladie de la « vache folle ») ont été obtenus. Il est aussi possible de modifier les propriétés du lait. La possibilité d’améliorer la digestibilité du lait (en réduisant les teneurs en lactose) a été démontrée chez des souris. Une augmentation de la durée de conservation du lait a été obtenue chez la chèvre, grâce à la production par cet animal d’enzymes antibactériennes naturelles. Des cochons qui synthétisent des acides gras oméga-3 à longue chaîne polyinsaturée ont aussi été obtenus. Le domaine du possible s’étend, mais aucune mise sur le marché n’est encore envisagée.

La transgénèse végétale a permis d’obtenir et de commercialiser (entre 1994 et 1996 pour la tomate FlavrSavr, puis à partir de 1996 pour d’autres espèces) des plantes agricoles qui possèdent de nouveaux caractères agronomiques : tolérance à un herbicide, résistance à des insectes ravageurs et, sur des superficies plus faibles, résistance à des virus. Un maïs plus tolérant à la sécheresse a été obtenu ; d’autres variétés pourraient voir le jour à l’avenir. Des plantes agricoles pourvues de caractères non-agronomiques ont également été obtenues : un maïs enrichi en lysine (pour une alimentation du bétail plus équilibrée) est autorisé aux Etats-Unis. Le Riz Doré, dont la graine produit du béta-carotène pour lutter contre la déficience en vitamine A, est en phase d’évaluation et pourrait être disponible (gratuitement) dans certains pays dans un avenir proche.

Au total, en 2008 [7], 13 millions d’agriculteurs (dont 90% de petits agriculteurs) ont cultivé du soja, maïs, cotonnier ou colza GM (dans l’ordre décroissant des superficies), sur une superficie totale d’environ 125 millions d’hectares (soit l’équivalent de 6 fois la superficie agricole utile française). Les Etats-Unis concentrent 50% des superficies, suivis de l’Argentine (17 %), du Brésil (13%) puis du Canada (6%). L’Inde et la Chine cultivent essentiellement des cotonniers résistants à des insectes ravageurs. En Europe, seule l’Espagne cultive des quantités notables d’OGM (maïs MON810 résistant à des chenilles comme la pyrale).

Le succès des plantes résistantes aux insectes s'explique aisément. Les maïs portant le caractère MON810 sont plus efficaces en cas de fortes infestations que les autres moyens de lutte (insecticides chimiques ou lutte biologique), ils simplifient le travail de l'agriculteur et ont moins d'impact sur les insectes utiles que les épandages d'insecticides. Le succès des plantes tolérant un herbicide s'explique par la plus grande facilité et souplesse de mise en oeuvre du traitement herbicide (par rapport aux herbicides précédemment utilisés), par la réduction du temps de travail et des coûts de désherbage en général, et aussi par la bonne association avec les techniques de conservation des sols (cultures sans labour ou labour réduit).

Des questions agronomiques, politiques et éthiques

D’autres agriculteurs sont opposés à la culture d’OGM, essentiellement à l’origine par crainte d’une dépendance accrue, via l’achat de semences, qui accélérerait un processus d’intégration de l’agriculture dans l’économie de marché mondialisée, avec ses aléas, et conduisant à une concentration accrue à la fois chez les agriculteurs et les sociétés semencières. La question des brevets (qu’il convient pourtant de relativiser, car en Europe et dans la plupart des autres pays, les brevets n’empêchent pas les agriculteurs de resemer une partie de leur récolte [8]) a également catalysé les oppositions. Le débat public a cependant moins porté sur les choix politiques que sur des craintes de toxicité alimentaire, dont aucune n’a été validée scientifiquement [9]. De manière plus pertinente, des questions environnementales ont été étudiées : impact sur la faune et la flore, apparition de résistance (chez les insectes visés ou les mauvaises herbes) et dissémination des gènes [10]. Pour s’inscrire dans le cadre d’une « agriculture durable », l’utilisation des plantes GM doit intégrer de bonnes pratiques agricoles afin de gérer les risques mentionnés. Il conviendra aussi de convaincre la société de leur compatibilité avec une éthique du respect de la Nature [11].

Le ‘débat’ est aujourd’hui excessivement polarisé, voire violent (destructions d’essais en champ) notamment en Europe [12] où différentes visions du monde s’affrontent à partir des OGM sur des questions politiques et idéologiques plus larges. Des allégations fantaisistes, voire délibérément fallacieuses, circulent [13]. Les questions pertinentes (par exemple, quelle contribution au concept d’intensification écologique de l’agriculture ? [14]) ne semblent plus pouvoir être abordées sereinement. Une bipolarisation (pays ou territoires avec des cultures d’OGM ou sans aucune culture de ce type) se dessine au détriment du concept de « coexistence » [15].

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Marcel Kuntz, biologiste

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Références

7. http://www.isaaa.org

8. http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-brevet-41058140.html

9. http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-allergies--41024979.html

10. Les OGM, l'environnement et la santé, de Marcel Kuntz, Editions Ellipses ;

Plantes transgéniques : faits et enjeux, de André Gallais & Agnès Ricroch, Quae éditions (disponible sous livre électronique)

11. http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/article-quelques-mots-a-propos-d-ethique-appliquee-ou-applicable-aux-ogm-44985111.html

12. http://www.contre-feux.com/economie/les-ogm-en-europe-linnovation-face-aux-peurs.php

13. http://www.marcel-kuntz-ogm.fr/categorie-11224873.html

14. http://www.cirad.fr/nos-recherches/axes-prioritaires/intensification-ecologique/questions-de-recherche

15. doi:10.1016/j.crvi.2009.07.001