Pour cette transition entre le N et le O, j’aimerais aborder une question qui me semble intéressante à propos du 11 septembre 2001, à savoir la théorie du complot.

Vous en avez sans doute entendu parler, Thierry Meyssan, du réseau Voltaire, a contesté la version du gouvernement américain en prétendant qu’un Boeing 747 n’avait pas pu faire un trou si petit dans la façade du Pentagone, appuyant sa thèse sur le fait qu’on n’avait d’ailleurs retrouvé aucun élément de l’avion. Pour lui, pas de doute possible: il s’agissait d’un missile.

D’autres, des Américains se présentant comme des scientifiques ou ingénieurs, ont certifié que les tours jumelles étaient construites de telle façon que l’avion et l’incendie qui s’est ensuivi n’avaient pas pu les faire s’écrouler ainsi. Pour eux, pas de doute non plus, l’attaque des deux tours a été conçue à la seule fin de justifier la destruction du bâtiment qui leur faisait face (il s’est écroulé presque en même temps) et qui contenait des documents hyper sensibles.

Alors oui, l’équipe de Bush comptait sans doute des pourris de la pire espèce mais, de là à imaginer qu’ils aient accepté l’idée de zigouiller 3000 bons américains, des pères et mères de famille, au cœur de New York, cela paraît aussi grotesque qu’impossible.

Pourtant, cette théorie a la peau dure et beaucoup la soutiennent encore mordicus.

 

J’aimerais donc avoir l’avis des philosophes que vous êtes sur les mécanismes qui conduisent certaine s personnes à remettre en cause les versions du pouvoir, d’autant plus crédibles dans le cas présent qu’elles ont été confirmées par la quasi totalité des médias. Pourquoi naissent ces rumeurs et que révèlent-elles sur nous ?

 

Pour ma part, je vois déjà l’explication historique bien sûr: on ne peut nier que nous nous sommes souvent fait rouler dans la farine. Des pharaons à Hoover en passant par les rois de France et notre bon ami Machiavel, l’histoire n’est pas avare en coups tordus. Les mensonges d’état sont légion et je fais confiance aux historiens qui arpentent ce blog pour nous en apprendre des vertes et des pas mûres. Dernièrement encore, les prétextes invoqués pour envahir l’Irak nous ont fourni une bonne raison de douter de ce qu’on nous raconte.

style="MARGIN: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify;">Mais cela suffit-il à expliquer cette défiance permanente qui s’installe dans l’opinion ? L’exemple de la grippe A est symptomatique. Une partie des Français était si persuadée que la vaccination avait été ordonnée pour enrichir les labos qu’elle a refusé de se rendre dans les centres. Quand quelqu’un met ainsi sa santé dans la balance, cela donne une bonne idée de son niveau de défiance.

Je m’interroge donc : cette défiance est-elle l’apanage de notre société contemporaine ou a-t-elle toujours existé de manière aussi évidente ? Le développement des médias et la circulation de l’information expliquent-ils cette remise en cause permanente des discours officiels ?

Au-delà de ça, cette propension au doute ne révèle-t-elle pas, de la part de l’individu, une volonté de reprendre le pouvoir face à l’autorité et à un discours « langue de bois » qui se généralise ?

En effet, entre ceux qui suivent la discipline de parti (de l’extrême droite à l’extrême gauche), ceux qui pètent de trouille devant le prince-président, ceux qui se cantonnent dans le politiquement correct de peur de se faire alpaguer par les médias et ceux qui ne peuvent parler sans penser aux conséquences de chaque mot en nombre d’électeurs conquis ou perdus, qui, parmi les politiques, utilise encore le langage de vérité ?

Sincèrement, qui peut encore croire un mot de ce que disent Sarkozy, Royal ou Bayrou, tellement angoissés par leur avenir personnel qu’ils en seraient prêts à dire n’importe quoi ? Qui peut croire un mot de ce disait Bush ou Blair après l’aventure irakienne ? Mais qui peut croire aussi un mot de ce que racontent les patrons de Mittal, de la BNP, de Total (j’arrête la liste, elle prendrait 10 pages) quand ils affirment œuvrer pour le bien de la communauté ?

Face à cette langue de bois qui traduit une volonté évidente de manipulation, il paraît normal que la crédibilité du politique tende petit à petit vers zéro. Nous en sommes ainsi arrivés  à deux paradoxes inouïs :

1•   Jamais la société d’information n’a été si présente et jamais le « on nous cache tout » n’a été autant ressenti.

2 • Le citoyen accorde presque plus de crédibilité à un de ses semblables qui s’exprime sur internet (alors qu’il ignore tout de lui) qu’à un politique, un homme d’affaires voire à un journaliste.

 

Du coup, on assiste à la création de « groupes d’individualités » qui s’affirment comme forces politiques indépendantes du pouvoir (voir le « referendum » d’initiative populaire sur la Poste, voir les motions qui, signées par tant de citoyens, doivent être présentées au parlement, voir le succès de certains blogs au moment du referendum sur le traité européen). En quelque sorte, puisque les élites nous mentent, c’est au citoyen de reprendre la main.

Deuxième conséquence, la généralisation de la langue de bois libère le terrain pour que les rumeurs se propagent.  Le citoyen qui doute se met à échafauder des hypothèses, les plus sensées comme les plus folles, et les soumet aux autres via le net. 

Enfin, cette perte de confiance dans les élites dirigeantes ne présente-t-elle pas, à terme, un danger pour la démocratie ? À quoi bon aller voter pour quelqu’un qui vous fait prendre des vessies pour des lanternes ?   La désaffection du citoyen pour les urnes est un bon baromètre de son indice de confiance pour les « démocrates » qu’on lui demande d’élire et on vient à se demander comment combler l’écart qui s’accroît entre le citoyen et celui qui est censé le représenter. 

J’aimerais sincèrement avoir vos réactions sur cette question.

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Rémi Stéfani