« Fin du monde », « Sauver la planète », « La terre se venge », «  Préserver les espèces en voie de disparition », « Conserver la terre que nous habitons », « Responsabilité à l’égard des générations futures », « Changer nos modes de vie »...

Tout se passe comme si la modernité est mise en question, notamment dans les relations des sociétés humaines à la nature.

Deux livres déjà anciens me semblent pertinents pour orienter notre réflexion : Histoire de l’idée de nature (1969) de l’historien des sciences et  philosophe Robert Lenoble, La nature hors la loi, l’écologie à l’épreuve de la loi (1995) du professeur de philosophie du droit François Ost.

Le premier nous donne à penser sur les deux postures « naturelles » des êtres humains à l’égard de leur mode de vie.

Le second nous donne à penser sur la possibilité d’un dépassement « naturel » de ces deux comportements.

Robert Lenoble : « Il n’y a pas de nature en soi... la nature est une réalité qui, pensée, prend plusieurs sens, et qui, par là, oblige l’humanité à réfléchir sur elle-même... » Et c’est en fonction de deux désirs profonds du psychisme humain qu’hommes et femmes la pensent.

Lorsque les désordres du corps nous accablent, lorsque nous avons un sentiment douloureux d’impuissance..., lorsque nous avons le sentiment de dépendance envers l’environnement physique et biologique..., nous avons le désir d’en être partie intégrante, d’être parent des animaux, des plantes, du lichen, de la bactérie... et des plus lointaines étoiles. Alors la nature est sentie et pensée comme une puissance créatrice, une productrice de vie, une mère de toute chose. Nous voulons alors « suivre la nature ». Nous sommes alors passionnés de nature...

Lorsque c’est notre puissance sur la nature qui s’impose à nous, alors notre connaissance nous présente un autre image : objet sans dessein ni finalité, sans mystère, sans vie, elle est offerte à la manipulation, à l’instrumentalisation, elle est un champ de manoeuvre pour tous ceux qui ont le désir non seulement de s’en rendre « comme maître et possesseur » en intelligence, mais aussi pour tout un chacun qui veut s’en rendre propriétaire. Nous devenons alors maîtres de la nature.

François Ost : Si nous considérons la nature comme ce qui nous environne, alors elle devient « objet d’usage ». C’est là la représentation de la modernité rationaliste, productiviste et instrumentale. C’est elle qui fait de la nature un simple réservoir de ressources, voire un dépotoir de déchets. C’est elle qui construit une surnature faisant régner l’artifice : l’ingénierie génétique produit du vivant sur mesure au laboratoire, l’industrie de la consommation assimile l’homme à l’ordinateur, l’agroalimentaire fabrique des agrumes artificiels...

Si nous pensons la nature comme milieu ou « maison » (oikos) habitée par nous, alors nous la pensons comme la vie même, ce qui anime tout ce qui existe, ce que nous devons respecter comme un personne, un sujet qui a des droits, avec lequel nous devons faire alliance ; alors elle devient « sujet d’amour ». Nous voulons faire retour à la Nature, notre mère que nous avons jusqu’ici négligée, voire souillée, violée, polluée. C’est la représentation des « peuples premiers », ancienne, magique et... romantique.

 

Crise environnementale ? Ou écologique ?

En tous cas si « crise » signifie, selon l’étymologie, en latin médical, « changement subi et généralement décisif en bien ou en mal » et, en grec, « décision », s’il y a crise, c’est en termes de changement de notre relation avec la nature et nous voici dans le devoir d’agir imposé par l’urgence : quel projet avons-nous pour nous avec la nature ?


Edith Deléage-Perstunski