Aujourd’hui comme hier, dans les cercles familiaux ou amicaux, la maternité reste l’affaire des femmes. Pendant des siècles, elles se sont transmis LA fatalité, le destin imparable, l’injonction divine de souffrir, toujours, et d’accepter d’en mourir .

Une catégorie d’hommes a été admise à s’occuper de ces aspects injustes et terrifiants de la maternité : les médecins. Les progrès de l’hygiène (Semmelweiss, Pasteur), ceux de l’obstétrique (la liste est trop longue) de l’anesthésie, ont modifié la donne. Ce fut une réelle conquête de la médecine moderne.

De fatalistes et dissuasives, les conversations des femmes se sont faites joyeuses, encourageantes, initiatrices. Au sentiment de fatalité s’est substitué celui d’un privilège. La maternité est un heureux événement, en lui-même, et non simplement pour la famille, dont  l’avenir est assuré.

Un bon sujet de conversation a des effets de contagion. Le désir d’enfant se répand comme une traînée de poudre. La contraception ne l’a pas affaibli. Elle n’en permet que le contrôle, le libre  choix du moment.

De devoir, d’obligation patriotique, la maternité est devenue un  droit. Le droit à la maternité, le droit de la maternité. D’un côté les obstacles mis en travers de leur fuite devant leur devoir : contraception, criminalisation de l’avortement, ont été levés. Les avatars naturels sont maintenant réduits à leur plus simple expression. La mère et l’enfant sont l’objet de toutes les attentions. La société ne sait plus que faire pour assurer au couple mère-enfant un « voyage de noces » idyllique.

Le droit à la maternité trouve son expression dans les traitements de la stérilité, la procréation médicalement assistée, prises en charge par l’assurance maladie (égalité dans l’exercice du droit).L’adoption constitue sa solution ultime, mais il fait intervenir également le droit de l’enfant.

Le droit de la maternité a connu un abus, la revendication d’exclusivité. Son exercice peut souffrir de contestations,  d’origine culturelle ou arbitraire, et sa défense doit alors être assurée. Les juristes se sont donc penchés sur elle.

Il lui reste encore des progrès à faire, à la société. Les places de crèches, permettant aux mères de reprendre leur activité professionnelle, et la fameuse égalité de salaire, qui en dehors du fonctionnariat, obéit aux froides lois du marché.

À propos de marché, justement : pour la société marchande, la maternité est un marché, qui, dans le contexte nataliste devenu une valeur culturelle, se porte bien. L’offre, de vêtements, d’accessoires, d’aliments à l’équilibre ajusté au milligramme près, de livres à la fois simples et savants, propres à multiplier les surdoués, ne connaît aucune faiblesse. La qualité, l’esthétique, le confort, la sécurité sont les valeurs développées par la concurrence et une législation pointilleuse.

Je n’ai aucun doute sur un point : dans les sociétés modernes, la maternité a droit à la qualité de progrès.
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Yves Leclercq