II/ conclusions.

Contrairement à toutes les écoles de la pensée économique, seule l’économie écologique, est attentive à la croissance des flux matériels et d’énergie ainsi qu’à la production de résidus. L’économie écologique se situe en cela dans la perspective de l’analyse du métabolisme de la société évoqué par Marx dans Le Capital. Comme le rappelle Martinez-Alier, « le marché ne garantit pas un accord écologique » car il met face à face des acteurs socialement inégaux. Et précise-t-il, contrairement à une idée reçue, qui laisse à penser que l’écologisme est un mouvement de la classe moyenne des pays riches né au début des années 1970, il existe depuis longtemps un écologisme populaire. Ce dernier, loin de se limiter à une dimension locale, a d’importants effets internationaux. Sa réflexion et son action critiques s’étendent désormais au commerce international et à l’évaluation des passifs environnementaux des entreprises et des pays riches, avec notamment le concept de dette écologique. L’expression théorique des contradictions opposant un écologisme des pauvres à celui des riches renvoie  à la question cardinale que pose Joan Martinez-Alier : « Qui dispose d’assez de pouvoir social et politique pour simplifier cette complexité en imposant un langage précis d’évaluation ? »

En effet, au-delà du souci légitime de préservation de la viabilité de notre habitat terrestre, il ne serait pas sérieux  d’imposer des restrictions de toute nature à des franges importantes de la population mondiale au moment où elles entrevoient la possibilité d’améliorer leur situation matérielle dans de multiples domaines de leur vie quotidienne. A l’inverse, l’accumulation des déchets dans la ceinture dorée de la planète, qui est le symbole d’une forme de décomposition de nos sociétés, ne saurait être érigée en modèle universel. Car ces déchets ne sont pas seulement des matériaux dégradés et coûteusement recyclables, mais aussi le produit final d’une activité et d’un travail humains sans qualité.

Justice environnementale et lutte contre les inégalités écologiques posent par principe les épineux problèmes d’une technologie et d’une croissance qui créent de façon récurrente de nouvelles inégalités parmi les hommes. Les débats et les conflits sociaux sont désormais et sans retour ouverts sur des questions écologiques complexes, dont bien des conséquences ne seront perceptibles que dans le long terme, mais qui exigent des décisions immédiates. Telles sont les bornes dans lesquelles sont enfermées les exigences de justice sociale et environnementale qui émergent dans toutes les sociétés du monde.

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Jean-Paul Deléage.