On croit souvent que l'exigence d'intégration pèse uniquement sur ceux qui, étant étrangers dans un pays, souhaitent y établir durablement leur résidence, et certains s'inquiètent d'une éventuelle discrimination.
A la vérité, cette exigence pèse bien plus largement, et notamment sur tous les enfants. Il ne suffit en effet ni d'être né dans un pays, ni d'en avoir la carte d'identité et la nationalité, ni même d'être issu d'une vieille famille de ce pays, pour y être intégré comme par enchantement. L'intégration n'est ni une affaire juridique  ni une affaire génétique. Elle consiste pour tout habitant d'un pays à s'inscrire dans le prolongement des communautés humaines qui s'y sont succédé avant lui, en en apprenant la langue, l'histoire, les moeurs et les valeurs. Ce qui n'implique nullement l'acceptation aveugle ou inconditionnelle de cet héritage (sutout dans les pays où l'esprit critique fait partie de l'héritage), ni l'oubli ou l'abandon d'autres héritages.
Nul n'est spontanément intégré, et l'une des missions principales de l'éducation (familiale et scolaire) est de permettre à ces "nouveaux-venus" que sont les enfants (selon l'expression d'Hannah Arendt) de s'intégrer à leur propre pays.
La notion d'intégration ne mérite donc pas la suspicion morale ou politique dont elle fait parfois l'objet; seuls sont "fondés" à la suspecter ceux pour qui l'idée de pays ne fait plus du tout sens.

Pierre Gautier

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