Formé à partir de "fanum", le temple, et "fanaticus", le serviteur du temple, le fanatisme se rapporte au départ uniquement à la fureur dans laquelle la cause de Dieu peut plonger certains hommes.

Aujourd'hui toutefois le sens du mot s'est élargi, s'est émancipé pour une large part de cette origine religieuse et désigne le "zèle aveugle et passionné" pour quelque cause que ce soit, religieuse ou profane.

Entendu en ce sens élargi le fanatisme a été caractérisé par divers traits : ainsi

Voltaire le distingue de l'enthousiasme: "Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique".

Alain parle, à propos du fanatisme de "redoutable amour de la vérité"; puisque la vérité est moins à aimer qu'à rechercher.

On a noté également que le fanatisme, curieusement, sévissait surtout dans les domaines où les preuves font défaut : fureur de ne pas pouvoir prouver.

A ces traits déjà repérés, nous souhaitons en ajouter deux autres moins soulignés :

1/ le fanatisme comme volonté violente d'éliminer ce  qui  s'oppose à ce que nous tenons pour essentiel; le fanatisme est donc un refus de  l'altérité. Le fanatique refuse qu'il existe une autre façon de penser, de croire, de vivre que la sienne et veut supprimer ce qu'il perçoit comme une intolérable différence. Le fanatique politique, par exemple, cherche à écarter, voire à supprimer du monde tous ceux qui ne partagent pas exactement ses combats et ses analyses. Tout engagement au service d'une valeur unique est fanatisme, quelle que soit la noblesse de cette valeur, justice, liberté ou même l'amour. Ce refus de l'altérité vient d'une passion qui est une passion du même, de l'un.

2/Il y aurait encore un lien privilégié entre le fanatisme et le combat pour les idéaux collectifs. Ces idéaux sont capables de libérer les hommes de maintes contraintes morales qui interviennent quand le but poursuivi est individuel. Les capacités de nuisance de celui qui poursuit son intérêt personnel sont réelles mais somme toute limitées. Les capacités de nuisance de celui qui vise le bien collectif, bien d'une classe, d'un pays, de l'humanité entière peuvent être illimitées, surtout si l'engagement au service de cette cause collective est lui même collectif.. On a vu des idéaux collectifs transformer les hommes les plus modérés dans leur vie privée et professionnelle en tortionnaires (Voltaire évoque, comme exemples de fanatisme le plus détestable, les « bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélémy, leurs concitoyens qui n’allaient point à la messe »).                                                            

Il ne s'agit pas de renoncer à ces idéaux mais de rester conscient que plus que toute autre cause ils sont capables de faire sortir les hommes de leurs gonds

Les sociétés modernes font-elles disparaître le fanatisme? Par l'individualisme qui est à leur fondement, elles semblent nous mettre de plus en plus à l'abri du délire collectif. De plus, elles éduquent à la tolérance et à l'acceptation de la diversité; en ce sens elles adoucissent les moeurs.

Mais, d’un autre côté, si les sociétés modernes nous font sortir heureusement du religieux, c'est-à-dire de l'emprise du religieux sur le social, le moral et le politique, paradoxalement elles peuvent alors conduire certains à reporter sur des buts profanes le désir d'absolu  : exemple le fanatisme nazi (sacralisation de la race et du führer) ou d'extrème-gauche (sacralisation du prolétariat).

Gautier/Le Roy