On sait que les sens des élections (libres) est de permettre aux peuples de choisir leurs représentants et/ou leurs gouvernants (conformément au principe selon lequel «les hommes étant tous naturellement libres, égaux et indépendants, nul ne peut être tiré de cet état et soumis au pouvoir politique d’autrui sans son propre consentement » Locke). Ce qui est moins aperçu en revanche c’est que du même coup les élections sont aussi la possibilité pour les mêmes peuples de se débarrasser sans violence des gouvernants dont ils ne veulent plus. Elire, c’est choisir l’un ou l’autre, c’est donc aussi choisir l’un plutôt que l’autre ou substituer l’un à l’autre, choisir de reconduire ou de renvoyer, d’instituer ou de destituer.

Nous pensons même que ce pouvoir de destitution est plus important que le pouvoir de désignation puisqu’il permet de changer de gouvernement sans effusion de sang. Ainsi les élections sont non seulement au service de la démocratie mais de la paix civile. Certes, il peut se faire qu’on choisisse entre le pareil et le même, qu’on choisisse sans que ça change de manière décisive ou que le choix opéré ne soit pas le meilleur. On a pu dénoncer dans les élections des « pièges à cons », avec la lucidité de celui à qui on ne la fait pas. On le fait parfois encore. Ce n’est pas là seulement une manière commode d’éluder les difficultés de la vie démocratique en pointant les imperfections potentielles de la procédure élective mais c’est faire la fine bouche par rapport à ce que tant d’autres, qui en sont privés, réclament au prix de risques. Que de fausse profondeur dans cette manière avantageuse de prendre la pose du dénonciateur de pièges !

P.Gautier et JCh. Haglund

PS sur ces questions voir Karl Popper : Observations sur la théorie et la pratique de l’Etat démocratique.