Si l’édition est une vieille industrie qu’ont pratiquée de longue date les imprimeurs, les libraires et les auteurs eux-mêmes, elle n’est pas vieille dans la forme que nous lui connaissons aujourd’hui car elle s’est fixée à l’époque du romantisme. Or elle est maintenant à la veille de connaître de nouvelles transformations, et même transfigurations, que rendent prévisibles les bouleversements qu’Internet apporte dans l’industrie du disque. Est-il déraisonnable, en effet, de penser que, les innovations se perfectionnant à si vive allure, on puisse bientôt comprimer le contenu des livres dans la mémoire de petits instruments de poche, comme il en va désormais pour la musique ? Il y a certes des arguments pour se persuader que le livre a encore une longue vie devant lui, mais l’imprudence serait de s’en satisfaire. Une chose naît avant que l’autre ne meure. Et il faudrait tout de même se souvenir que, si le texte génère et apporte le sens, le livre, lui, est le vaisseau du texte. Il ne crée ni ne pense, il transporte. Et rien ne saurait empêcher que de nouveaux vaisseaux remplacent un jour la vieille flotte. Il serait donc opportun de faire plus de lumière sur les causes de la prolifération éditoriale et de chercher quelles responsabilités y ont prises l’intégrisme du profit et un obsessionnel désir de notoriété. On s’apercevrait alors de l’importance de malentendus que l’on feint de n’avoir pas vus. Lever ceux-ci, ce à quoi beaucoup se refuseront et se refusent déjà, aurait sans doute pour conséquence une restructuration de l’industrie éditoriale.  Écrire des livres, en faire, en vendre, ce n’est pas la même chose. Pas plus que soutenir l’intelligence et le talent ne peut se confondre avec l’exploitation de la bêtise.

Hubert Nyssen, écrivain, éditeur.