Les droits de l’homme sont les droits qui sont attachés à tout homme du seul fait qu’il est un homme, indépendamment de toute autre considération, indépendamment de ses mérites et surtout de ses démérites.

Ne serait-il pas plus naturel et en tout cas plus juste d’associer le droit au mérite, de proportionner le premier au second ? Comment celui qui est sans mérite, et plus encore celui qui a démérité (pensons au criminel) pourrait-il avoir des droits au même titre que le héros ? Les droits de l’homme pourtant s’adressent aussi aux criminels, non seulement aux criminels présumés (droits de la défense…) mais aux criminels avérés : ainsi les peines qui les frappent doivent-elles être conformes à la dignité humaine, quelle que soit l’horreur de leur crime.

Pour qu’une notion aussi audacieuse émerge, il a fallu qu’une nouvelle conception de l’homme apparaisse sur la scène de l’histoire et du monde ; que soit reconnue « la valeur infinie de l’individu comme tel, et non parce qu’il est juif, protestant, allemand, italien… » (Hegel). Cette valeur fut largement inconnue des Grecs comme des Romains. C’est le christianisme qui, en la mettant au centre de son message, l’a imposée et en a fait « le principe universel réel d’une nouvelle forme de monde » (idem). Ce qui ne veut pas dire que la notion de « droits de l’homme » soit d’origine chrétienne, mais que cette religion, en proclamant qu’ « il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme : car vous n’êtes tous qu’une seule personne dans le Christ Jésus » (Saint-Paul), a grandement contribué a rendre possible son apparition.

Il n’est peut-être pas opportun de reconnaître officiellement les origines chrétiennes de l’Europe ; mais si on considère que les droits de l’homme participent de la définition de celle-ci, il est bien difficile de le nier.

Pierre Gautier