Compte-tenu des dangers majeurs, mortels, qui nous menacent si nous persistons dans notre mode de développement économique actuel, l’idée qu’il faille renoncer à vouloir toujours produire plus paraît claire.

L’idée qu’on vivrait plus simplement, et non plus mal, en consommant moins n’a pas de peine non plus à s’imposer. Quel mal y a t-il à rouler moins vite, surtout si la route est devenue dangereuse ? Quel mal y aurait-il à décroître ?

Pour que la thèse de la décroissance (de la décroissance, non du développement durable ou d’une croissance différente) soit toutefois vraiment convaincante, encore faudrait-il montrer comment une telle décroissance ne reviendrait pas à condamner des pans entiers de l’humanité à la misère ou au chômage. Jusqu’à ce jour en effet les hommes n’ont, de fait, réussi à échapper à ces maux que grâce au développement de la productivité et de la production, ou du moins celui-ci a été une condition, pas forcément suffisante, mais nécessaire de leur émancipation matérielle. Comment ne pas craindre qu’une réduction de la production (non une autre manière de produire) ne soit pas synonyme pour des millions d’hommes, et même des centaines de millions, non d’un passage comme pour certains à une vie plus simple, mais d’un maintien dans ou d’un retour à la misère ? (Sans compter les risques politiques : il est difficile de penser qu’une politique de décroissance puisse être mise en œuvre dans le cadre de procédures démocratiques, sans recourir à la contrainte de manière massive)

Il n’y a pas que la croissance qui comporte des risques majeurs ; la décroissance aussi.

On dira que ce qui est en jeu c’est l’existence même de l’humanité sur la terre. Mais que vaudrait cette humanité si elle faisait le choix pour assurer sa survie de sacrifier une partie d’elle-même ?

Seul principe d’action recevable : prendre le risque d' inventer une croissance différente.

Pierre Gautier