La conscience: source ou produit?

La conscience d'une certaine façon introduit à la modernité puisque c'est en en faisant un fondement premier de la philosophie et donc de la science que Descartes rompt avec la scholastique du Moyen-Âge et ouvre le champ au sujet et à l'individualisme.

Mais la modernité la plus actuelle, les neurosciences, pense plutôt la conscience comme un épiphénomène, pur produit de la matière.

On peut en effet comprendre la conscience de deux façons: comme un résultat ou comme une source.

Dans le premier cas, la conscience est produite par des causes extrinsèques. C'est là un des principes de tout matérialisme. Ainsi pour le marxisme par exemple, la conscience  est générée par les conditions matérielles de production, c'est-à-dire essentiellement par l'économie et les rapports de classes.

Les neurosciences se figurent la conscience comme un produit de l'architecture complexe du cerveau.

Mais on peut tout au contraire considérer la conscience comme une origine, source du sens qu'elle pose et des représentations qu'elle engendre. La conscience devient alors première par rapport au monde, à la matière, à la nature, à l'histoire et à l'économie.

La conscience est-elle une source ou un produit ou peut-être un peu des deux?

Cette question n'est pas seulement de portée métaphysique mais aussi anthropologique et même politique.

Si l'homme dont la conscience est l'attribut essentiel ne se pense que comme un sous produit de la matière, ne se réduit-il pas à une chose?

Si la pensée de l'homme trouve sa source dans autre chose que le sujet que reste-il de son autonomie? Il est en effet très difficile en posant un principe matériel antérieur à la conscience de croire en une liberté de l'individu car ses pensées, ses idées, ses valeurs ne sont alors que les effets de déterminations premières.

Il me paraît que nos idées seraient plus claires sur cette question si on cessait de confondre les pensées et la conscience. Les premières sont en partie conditionnées par le monde (mais en partie seulement) ; la seconde (ce qui nous permet de dire « JE ») est libre du monde qu'elle transcende. Le matérialisme se trompe ainsi en ne distinguant pas la conscience des pensées.

Cette distinction  n'est presque jamais d'ailleurs clairement établie dans les textes  philosophiques occidentaux° ou scientifiques°° qui traitent de la conscience ; on les assimile bien souvent. Pourtant n'est-il pas évident que les pensées sont des phénomènes psychiques apparaissant « dans » la conscience? Les pensées changent, passent; comment pourrions nous apercevoir ces changements sans un témoin immuable ?

La conscience est le fond permanent sans lequel aucune pensée n'est possible. Elle est la condition de toute liberté.

°Cette distinction est en revanche bien présente dans la philosophie indienne , par exemple dans ce texte L'éveil au Soi attribué à Shankara (8ème siècle): «distinct du corps, des sens , du mental , de l'intellect , de la nature, témoin de leur fonctionnement, sache que le Soi est comme un roi »(traduit du sanskrit par José Le Roy)

°°Je viens toutefois de lire Dominique Laplane, neuroscientifique, qui écrit ceci: « Un autre apport essentiel, beaucoup moins connu , de la neurologie contemporaine, tient à  la description  de l'état de conscience vide. L'existence de tels états est cependant évidente depuis des millénaires pour les méditants orientaux. Sauf exceptions, les scientifiques ne s'y intéressaient guère. Tout ce qui est mystique est suspect de mystification. » (Penser, c'est-à-dire? Armand Colin, 2005).

José Le Roy (indianiste)