La vérité oblige à reconnaître que la fraternité telle que la conçut Saint-Just, et qui consiste à exclure de la nation tous ceux qui ne sont pas nos frères, ne fut pas la seule que nous légua la Révolution.

Elle fut certes très présente :

C’est d’elle que se réclame la Section des Marchés quand elle proclame : «  Chez un peuple libre il n’y a que des frères ou des ennemis » ;

C’est elle qui doit souder les patriotes dans leur combat contre toutes les puissances extérieures et intérieures qui menacent la Révolution.

Fraternité de combat, fraternité « verrouillée » (Mona Ozouf) ; qui fait de tout adversaire un ennemi.

Mais la Révolution avait connu d’abord une autre forme de fraternité :

Fraternité expansive, qui consiste à multiplier infiniment le nombre de ses frères, à faire voler en éclats les barrières de classes, de couleurs, de cultes, les barrières nationales qui séparent l’homme de l’homme ;

C’est elle qui s’exprime sous la plume de Camille Desmoulins quand il écrit : « La fête du 14 juillet tend à nous faire regarder, sinon Monsieur Capet comme notre égal, du moins tous les hommes et tous les peuples comme des frères ».

C’est elle encore qui fait attribuer par la Législative avant de se séparer le titre de citoyen français aux personnalités qui ont bien mérité de l’humanité.

Fraternité de concorde, « euphorique » (Ozouf) ; qui invite à ne pas confondre adversaire et ennemi.

En 1848 la Fraternité qui rejoignit la Liberté et l’Egalité pour former la triade républicaine fut la fraternité de concorde. Le marxisme allait bientôt s’attacher à la démystifier au nom de la lutte des classes...

A lire : Mona Ozouf, article Fraternité Dictionnaire critique de la Révolution française.

PG