Certains lecteurs ont contesté la nouveauté des évolutions démographiques actuelles et donc la pertinence de la notion de mutation démographique appliquée à notre pays : « le changement démographique en France n'est pas nouveau, m’écrit-on. En fait, le taux d'immigration dans les années 30 était aussi élevé qu' aujourd'hui ». Je souhaite donc apporter les précisions suivantes : la mutation démographique que j’évoque dans mon billet concerne la France ( en passe de devenir « black, blanc, beur », selon l’expression consacrée) ; en réalité ce qui se passe en France n’est qu’un aspect de changements très amples qui affectent toute l’Europe progressivement et qui constituent bien quelque chose de nouveau : ils sont la conséquence ou  l’expression d’ une inversion des courants migratoires entre l’Europe et le reste du monde. L’Europe, après avoir été une terre d’émigration est devenue une terre d’immigration : au XIX° siècle, écrit JC Chesnais, les Européens partent massivement «  vers les Amériques, l'Afrique du Sud, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la Sibérie: la population de ces régions passe d'une trentaine de millions à plus de 200 millions; on assiste au peuplement de la moitié vide de la planète (près d'un milliard d’hommes vivent aujourd'hui sur ces grands espaces). Après le grand exode européen, qui dure jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, vient le temps de l'immigration. Peu à peu, l'Europe, premier continent d’émigration, devient le premier continent d’immigration » ( Les courants migratoires vers l’Europe). Comment ce basculement démographique pourrait-il être sans conséquences ?

  PS. Chesnais précise que « la transformation de la composition démographique de l’Europe dans le sens d’un renforcement de l’africanisation, de l’asiatisation et de l’islamisation du peuplement est appelée à se poursuivre, surtout dans les pays à forte dépendance migratoire », ce qui peut fort bien être « un jeu à somme positive pour les trois parties prenantes : l’immigré, le pays d’accueil et le pays de départ ». JC Chesnais, directeur de recherches à l’INED, est spécialiste de l’histoire de la population et des migrations.