Le mot  « idéalisme » est entendu ici non dans son acception philosophique mais dans son sens ordinaire : tout simplement comme le fait de celui qui a un idéal (alors que philosophiquement l’idéalisme désigne une certaine conception du réel et des idées.) Avoir un idéal peut toutefois correspondre à deux attitudes bien différentes, définissant chacune un idéalisme particulier.

Il y a l’idéal qui permet d’orienter les efforts des hommes ; une sorte de phare qu’on n’atteindra sans doute jamais mais qui éclaire le chemin sur lequel on doit progresser.

Tout autre est l’idéal qui permet de juger les hommes et le monde actuels.

Comment cet idéal ne serait-il pas nihiliste ? Comment une telle manière de juger pourrait-elle aboutir à autre chose qu’à la condamnation des hommes et du monde ? Qui pourrait sortir vainqueur d’une telle confrontation ? Qui, au terme de cette confrontation, pourrait éviter sinon le dégoût de soi du moins le doute sur soi ? C’est pourquoi un tel idéal et un tel idéalisme méritent bien d’être appelés « nihilistes », puisqu’ils n’ont pour effet (pour but ?) que de mettre en évidence la nullité de notre monde (nulla res = nihil).

C’est de cette manière selon Nietzsche, que le christianisme se vengea de la grandeur de Rome et de ses « constructions éternelles » :  « On se vengea de Rome en introduisant de nouveau un avenir avec lequel Rome ne supporterait pas la comparaison. » (Aurore)

Il n’est pas interdit de juger le monde, mais c’est autrement qu’il faut le faire : il faut le juger à partir de lui même, à partir de ce qu’il a réalisé, des capacités qu’il a mises en œuvre, des puissances qu’il recèle.

Il ne viendrait à l’idée de personne (du moins on peut l’espérer) de juger un enfant ou un adolescent en le confrontant à je ne sais quel idéal. Il n’y a pas d’idéalisme pédagogique. Pourquoi un idéalisme politique ?

Ambiguïté de l’idéalisme.

Ambiguïté des alter mondialismes.

PG

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