Les abus de toutes natures ne manquent pas autour de nous : emploi de travailleurs non déclarés, fraude voire évasion fiscales, mariages blancs… Il y a abus dès qu’une loi ou un dispositif est détourné de son objet à des fins d’intérêt personnel .

 

Deux erreurs graves, me semble-t-il, doivent être évitées concernant ces détournements ou ces abus ; graves parce que porteuses de fanatisme politique :

  La première est d’ordre théorique : elle consiste à ne pas suffisamment distinguer une institution ou un système et les abus auxquels ils ont pu donner lieu. C’est une erreur de méthode, dénoncée régulièrement par Paul Ricoeur, que de fonder sur les seuls abus la critique de tel ou tel dispositif. Ni le RMI, ni la police ne peuvent être jugés uniquement à partir des abus  ou bavures qu’ils ont rendu possibles, sauf dans le cas où ceux-ci seraient devenus la règle, ce qui est possible mais doit être vérifié.

  La deuxième erreur est d’ordre pratique : il faut combattre abus et dérives, ce qui ne veut pas dire chercher à les éradiquer.

 

 Il faut les combattre et les réprimer autant qu’il est possible, sans quoi ils deviendront la règle et c’est l’institution elle-même qui devra être mise en cause et non les seuls abus.

 Il faut toutefois se méfier du projet d’éradication, qui consiste à se fixer pour but de les supprimer totalement et définitivement.

 C’est un projet présomptueux et surtout dangereux.

 Pour une efficacité tout à fait hypothétique, il ne peut que susciter la mise en oeuvre de moyens eux-mêmes radicaux ( par exemple la suspicion et la surveillance généralisées ) qui seront aussi , voire plus dommageables que les dérives elles-mêmes, tout en détournant l’action politique de sa vocation principale qui est constructrice, au profit de la seule croisade contre le mal .

 A l'impatience du projet d'éradication, il faut préférer la ténacité de l'action quotidienne contre les abus et les dérives.

 

pierre gautier