Entendu il y a quelques jours une émission sur les inégalités économiques dans le monde. A l’unanimité, les participants déclarent qu’elles ne cessent de se creuser partout et sur tous les plans. Le monde a fait un pas de plus vers l’apocalypse. Tout cela est dit d’abord avec gravité puis une certaine sérénité et enfin avec quelque chose comme de la jubilation. Mais pourquoi ne pas dire aussi que des pays toujours plus nombreux sortent de la misère en Asie comme en Amérique du Sud ? Que partout dans le monde la mortalité infantile recule ?

Ce pessimisme me rappelle un livre récent sur les courants intellectuels en France : ils sont multiples et divers, et pourtant, d’après l’auteur il n’y en a pas un seul pour prendre la défense du  monde actuel !

Cela me rappelle aussi un livre plus ancien de J. K. Chesterton ; un certain Docteur Bull s’écrie : « Nous ne sommes pas de bouffons ; nous sommes des hommes qui luttons dans des conditions désespérées contre une vaste conspiration. Une société secrète d’anarchistes nous poursuit comme des lapins. Il ne s’agit pas de ces pauvres fous qui, poussés par la philosophie allemande ou par la faim, jettent de temps en temps une bombe ; il s’agit d’une riche, fanatique et puissante Eglise : l’Eglise du Pessimisme occidental, qui s’est proposé comme une tâche sacrée la destruction de l’humanité comme d’une vermine. » ( Un nommé Jeudi )

Bien sûr, je ne crois ni à une conspiration, ni à une Eglise, mais comment ne pas être impressionné par la toute puissance du pessimisme actuel ?

NB : je dois à la vérité de reconnaître qu'en nous focalisant sur les seuls maux, nous appliquons assez bien la « règle de vie" n° 40  proposée par Schopenhauer dans son Art d’être heureux : « Nous devrions plutôt faire de toutes les possibilités désagréables l’objet de nos spéculations, ce qui amènerait soit des mesures préventives pour les éviter, soit d’agréables surprises si elles ne se réalisent pas. » Mais le pessimisme est-il une bonne règle de vie ?