Dans un Etat libre chacun doit avoir l’absolue liberté de ses faits et gestes quand ceux-ci n’ont d’effets que sur lui-même : par exemple chacun doit être libre de s’alcooliser s’il le désire (du moment qu’il n’est pas au volant d’une voiture) : «  l’individu n’est pas responsable de ses actions devant la société, tant qu’elles ne concernent les intérêts de personne d’autre que lui-même » (JS Mill). Nous pouvons être poursuivis pour manquement à nos devoirs à l’égard d’autrui mais pas pour manquement à nos devoirs à l’égard de nous-mêmes ; nous n’avons même, au sens juridique du terme, aucun devoir à l’ égard de nous-mêmes, du moins dans un Etat libre.

Mais cela ne doit pas signifier que tous les faits et gestes qu’un droit libéral ne saurait poursuivre ont la même valeur morale, c’est-à-dire humaine et humanisante (on peut douter de la valeur humaine/humanisante de l’alcoolisme). Cela signifie simplement que l’objet du droit n’est pas d’établir la vertu mais uniquement de garantir la coexistence pacifique entre des hommes libres.

Il serait catastrophique politiquement d’interdire certains comportements au motif qu’ils sont problématiques moralement : ce serait ouvrir la porte au totalitarisme, c’est-à-dire au droit pour l’Etat de contrôler totalement le comportement des hommes. 

Mais il serait également dangereux de laisser penser (notamment à nos enfants) que, dès lors qu’il n’est pas empiété sur la liberté d’autrui, tout se vaut. Ne serait-ce que parce que la coexistence pacifique ne saurait être durable entre des hommes libres que s’ils forment aussi une certaine communauté éthique.