On a longtemps cru que la violence et la non-violence s’opposaient, étaient destinées à évoluer en sens inverses : si l’une augmente, l’autre doit régresser. En particulier le progrès de la non-violence devait engendrer le recul de la violence. Il faut, hélas ! déchanter. Les choses, une nouvelle fois, ne sont pas si simples. Le progrès de la non-violence peut faire reculer le violence , mais il peut aussi, ce qui n’était guère prévu, la réveiller, lui redonner sens et chance.

L’Ecole en est l’illustration. L’Ecole n’a sans doute jamais été un sanctuaire. Il reste que la violence qui, depuis une vingtaine d’années s’y déploie, est bien quelque chose de nouveau : il ne faut pas confondre les bagarres entre élèves et les chahuts qui ont toujours existé avec les agressions contre des élèves et des professeurs (dites incivilités). Les causes de cette situation nouvelle sont sans doute multiples. L’une d’entre elles me semble être la non- violence elle-même. Doucement mais sûrement la violence a été traquée dans l’Ecole française : par la suppression progressive puis totale des châtiments corporels, et parallèlement, auprès des élèves, par une action délibérée et soutenue pour disqualifier moralement les comportements violents ; les principes de cette action étant : 1- qu’il faut substituer le dialogue à la violence ; 2- qu’il ne faut même pas répondre à la violence par la violence. Ce faisant, maîtres et élèves élaboraient une manière plutôt harmonieuse de coexister (je pense aux années 70). Manière toutefois bien fragile parce que tributaire d’une évolution commune des uns et des autres, notamment d’un accord sur l’idée de la supériorité du langage sur la violence.

Mais cette idée ne va nullement de soi, et qu’arrivent dans l’Ecole des jeunes gens qui n’ont pas connu cette évolution, qui ne sont pas convaincus que le recours à la violence est dégradant, qui sont même parfois convaincus du contraire, qui voient dans la capacité d’en user le signe du courage physique, et dans le refus de se battre la marque de la lâcheté ; qu’ils aperçoivent de surcroît que leurs forfaits demeureront probablement impunis, alors on comprendra aisément que l’Ecole, devenue non-violente, soit non seulement mal armée pour se défendre mais aussi une proie bien tentante (comme un pays pacifiste- et non pacifique- peut l’être pour un voisin qui ne l’est pas), d’autant plus qu’agressée, elle a, pendant longtemps, eu beaucoup de mal à ne pas se croire l’agresseur.

La solution n’est pas simple. Elle ne consiste certainement pas à revenir aux châtiments corporels. Mais pourra-t-on faire l’économie, au moins pour un temps, d’un retour à une rigueur et à une discipline qu’on avait cru pourtant avoir dépassées ?

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pierre gautier