Il n’est question que des inégalités ( économiques ) qui " n’ont jamais été aussi grandes ", en France, comme entre les pays du Nord et ceux du Sud .Et c’est en leur nom que la condamnation du monde actuel est quotidiennement et presque unanimement répétée.

La question des inégalités (économiques) est importante, mais est-elle la plus importante ? A la vérité, elle n’est pas plus importante que celle de l’égalité en droit(s). Elle est moins importante que la question de la misère et de la pauvreté : " Le devoir d’arracher les misérables à la misère, écrivait Péguy, et le devoir de répartir également les biens ne sont pas du même ordre : le premier est un devoir d’urgence ; le deuxième est un devoir de convenance (…) ; autant il est passionnant, inquiétant de savoir qu’il y a encore des hommes dans la misère, autant il m’est égal de savoir si, hors de la misère, les hommes ont des morceaux plus ou moins grands de fortune ; je ne puis parvenir à me passionner pour la question célèbre de savoir à qui reviendra, dans la cité future, les bouteilles de champagne, les chevaux rares, les châteaux de la Vallée de la Loire ; j’espère qu’on s’arrangera toujours ; pourvu qu’il y ait vraiment une cité, c’est à dire pourvu qu’il n’y ait aucun homme banni de la cité, tenu en exil dans la misère économique, que m’importe que tel ou tel ait telle ou telle situation (…) Quand tout homme est pourvu du nécessaire, du vrai nécessaire, du pain et du livre, que nous importe la répartition du luxe ! " ( De Jean Costes).

On me dira que je dissocie arbitrairement l’inégalité économique et la pauvreté : de fait elles ne sont pas nécessairement associées, pas plus que ne le sont l’égalité et la prospérité : là où on a prétendu éliminer les inégalités, il est arrivé parfois, souvent, que la misère fût plus grande qu’ailleurs.

Je précise pour finir qu’en ce qui concerne la France, le rapport interdécile, le principal indicateur statistique des inégalités de revenus, ne cesse de se réduire, y compris au cours des dernières années, même si c’est plus lentement qu'il y a dix ou vingt ans (cf le site de l’Insee, très facile à consulter).