" Depuis 50 ans (c’est-à-dire depuis l’appel de l’abbé Pierre) rien n’a été fait par l’Etat pour les sans-abri et leur nombre n’a cessé de croître " ( entendu il y a quelques jours à la radio).

Comment peut-on produire de tels énoncés et, plus encore, comment peut-on les entendre sans que personne ne réagisse, comme ce fut le cas ?

  1. A-t-on oublié les multiples bidonvilles qui entouraient encore Paris vers 1970 (Nanterre, Noisy-le-Grand, Saint-Denis…), bidonvilles dans lesquels des milliers de personnes s’entassaient et vivaient dans la boue ?

Ils ont presque tous disparu : ce n’est quand même pas par enchantement !

Plus récemment, a-t-on oublié le SAMU social ou encore les aides au logement qui s’élèvent à 2 % du P.I.B. (plus que le budget de la recherche scientifique) ?

On peut reprocher à l’Etat de ne pas avoir assez fait ou même, ce qui serait éventuellement plus exact, d’avoir mal fait, c’est-à-dire de n’avoir pas toujours su obtenir des résultats à la hauteur de ses investissements, mais certainement pas de n’avoir rien fait !

   2- Quant au nombre des sans-abri, il est toujours trop grand, mais les chiffres qui reviennent en boucle en ce moment, selon lesquels il y aurait eu à Paris 2 500 sans-abris en 1954 et 10 000 / 12 000 aujourd’hui n’ont guère de sens, ne serait-ce que parce que le premier chiffre ne prend pas en compte les dizaines de milliers de personnes qui, sans être dans la rue, vivaient dans les bidonvilles ou dans des logements insalubres. Il est difficile, faute de données, de dire exactement ce qu’il en est de l’évolution du nombre des sans-logis au cours des dernières décennies ; en revanche celle des mal-logés est très bien documentée, grâce notamment à l’Enquête Logement réalisée par l’Insee, à intervalles de quatre ans, puis de cinq ans, depuis 1955: ainsi le pourcentage de logements sans aucun confort (sanitaire en particulier) qui était de 39% en 1973 est descendu successivement à 15% en 84, 6,2 en 92 et 2,6% en 2002 (dernière enquête) ! On enregistre une régression semblable du surpeuplement des logements. Est-il raisonnable de penser que tant de choses aient pu être faites en faveur des mal-logés sans qu’on se soucie des sans-logis ?

On me dira que les propositions que je mets en cause sont des figures de style, des hyperboles, et qu’en les prenant à la lettre je leur fais un mauvais procès.

Je ne sais ce qu’il en est dans l’esprit de ceux qui les énoncent, mais je sais qu’elles ne sont pas reçues comme des figures de rhétorique. Elles sont prises littéralement et finissent par constituer des vérités et même des évidences, ruineuses pour l’Etat, et qu’il est pourtant de mauvais goût de contester.