Les tenants (révolutionnaires ou alter-mondialistes) de la " possibilité d’un autre monde " qualifient souvent leurs adversaires de fatalistes ou de défaitistes. Cette qualification – pour autant que la catégorie de défaitisme soit pertinente – mérite d’être examinée. La plupart du temps, la lutte pour cet " autre monde " repose sur la détestation du monde présent, ce qui est naturel : comment pourrait-on militer pour un " autre monde " sans considérer le monde présent comme radicalement insuffisant ? Certains vont même jusqu’à affirmer que " jamais les choses n’ont été pires ".

Mais n’y a-t-il pas là aussi un véritable défaitisme ? Là, c’est à dire dans l’idée selon laquelle les efforts fournis par l’humanité depuis des siècles l’ont été en pure perte ? Proclamer la défaite des générations passées n’est guère plus mobilisateur que ne plus croire en l’avenir.

Si l’on appelle optimisme le contraire du défaitisme, alors on peut penser qu’il se trouve surtout du côté de ceux pour qui un " autre monde " est non seulement possible, mais déjà et depuis longtemps en cours de construction, et que les efforts humains doivent tendre à consolider et à poursuivre cette construction plutôt qu’à la dénigrer systématiquement.